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EN TETE A TETE AVEC BERNARD LIONS

Interviewer un journaliste aussi talentueux et réputé que Bernard Lions, c’est assez impressionnant. A titre de comparaison, c’est un peu comme tirer des coup-francs avec Juninho ou parler tactique avec Pep Guardiola. Souvent interrogé sur ses avis ou ses analyses, j’ai fait le choix de parler de lui en tant qu’Homme. Ce fût une rencontre très enrichissante avec un personnage rempli de savoir, d’anecdotes et d’humour. Ce passionné de football et fan de l’AS Saint Etienne se livre pour le plus grand bonheur des lecteurs du Blog de Jayjay.

– Bonjour Bernard, durant ta jeunesse, tu fais des études de droit et de sciences politiques qui vont t’amener jusqu’en Italie. Tu vas notamment poursuivre ton cursus universitaire à Milan. Ce n’est qu’après ton retour en France, dû à ton service militaire, que tu vas commencer ta carrière de journaliste sportif. Pourquoi être passé du monde politique au monde sportif? As-tu toujours été dans l’optique de devenir journaliste?

A l’âge de huit ans, j’étais sur les genoux de mon oncle et il m’a demandé ce que je voulais faire quand je serai grand. Je lui ai répondu : « Grand reporter au journal L’Equipe. », « Et si tu ne peux pas y arriver ? », « Alors, je serai grand reporter au journal L’Equipe ».

J’étais né pour faire ce métier. Mes parents n’avaient pas les moyens de m’inscrire dans une école de journalisme, je suis donc passé par l’école du peuple : la faculté. Mais, j’avais toujours en tête de devenir journaliste.

J’ai donc fait des études de droit, qui offraient le plus de perspectives d’ouvertures afin d’arriver à mes fins. Comme disait Thierry Gilardi : « le journaliste sportif est avant tout un journaliste ». Il fallait donc que j’emmagasine le plus de connaissances possibles sur tout ce qui touchait de près ou de loin au journalisme. C’est pour cela que j’ai fait ces études-là. J’ai acquis des notions de droit, de politique, d’histoire, de sociologie, qui sont très importantes dans le football.

– Tu débutes donc un nouveau métier et c’est au journal « But » que tu vas écrire tes premiers articles. Comment es-tu arrivé au sein du journal? Que peux-tu nous dire sur tes débuts?

A la sortie du service militaire, j’ai envoyé des CV, j’ai écrit des papiers à blanc. J’ai été pris au bi-hebdo « But », dirigé par Olivier Rey. J’ai énormément bossé sur des clubs de banlieue parisienne notamment, au Red Star, au Paris FC. Du coup, j’ai réussi à me constituer un carnet d’adresses et à acquérir de l’expérience dans le milieu du football.

– C’est en février 1997 que ta carrière de journaliste va prendre une tournure considérable. En rejoignant le journal « L’Equipe », tu vas devenir une référence dans le domaine du sport. Comment as-tu rejoins l’un des plus grand quotidien sportif de France?  Comment s’est passée ton adaptation au sein de l’Equipe?

Quand j’ai vu que la France avait obtenu l’organisation de la Coupe du Monde 1998, j’ai voulu la vivre aux premières loges. J’avais 27 ans et j’étais déterminé à rentrer à L’Equipe. J’ai croisé au Parc des Princes, Jérôme Bureau, le directeur de la rédaction du journal et je lui ai dit que je voulais travailler pour lui. Après lui avoir envoyé mon CV et des articles, j’ai été reçu par son adjoint Gérard Ejnès qui m’a intégré au « vivier », une sorte de centre de formation pour devenir journalistes à L’Equipe. J’étais plus vieux que ceux qui sortaient des différentes écoles de journalisme, mais j’avais une expérience sur le terrain qu’ils ne possédaient pas. J’arrivais de loin, mais lancé. J’ai été embauché après la Coupe du Monde 1998.

– En 2005, tu vas rejoindre l’émission « On refait le match », à la radio sur RTL, où tu vas côtoyer l’une des légendes du journalisme sportif français, Eugène Saccomano. Peux-tu nous parler de ce grand Monsieur du sport?

C’est un personnage à lui tout seul. C’est quelqu’un de totalement atypique dans le milieu du football. Peu de gens le savent, mais il a commencé en écrivant le polar « Borsalino » qui est devenu ce grand film avec Jean-Paul Belmondo et Alain Delon. Il est hors norme et a réussi à être la première star de la radio. Mettre un visage sur un homme de radio, c’est très fort ce qu’il est arrivé à faire. Il a une voix, un style. Ca fait douze ans maintenant que je participe à « On Refait le Match » et je sais ce que je dois à Sacco, quelqu’un de profondément attachant et que je respecte énormément.

– Depuis 2008, tu es consultant dans « L’équipe du soir », sur l’Equipe 21. Tu fais partie d’un joyeux groupe de consultants et journalistes, qui débriefe les événements sportifs. Penses-tu que, pour le téléspectateur, il est important d’analyser les performances sportives dans une bonne ambiance? Qu’est-ce qui fait la force de cette quotidienne?

Il ne faut pas oublier que c’est une émission de troisième partie de soirée, qui est en direct et à ce moment-là de la soirée, il faut répondre aux attentes des téléspectateurs. C’est à dire, informer et divertir en même-temps. Les gens ont envie de passer un bon moment, de se fendre la gueule et d’apprendre des trucs. Je pense que c’est cela qui fait le succès de l’émission et la force d’Olivier Ménard, c’est qu’il a su garder ce ton convivial depuis le début.

Au départ nous étions cinq chroniqueurs, aujourd’hui nous sommes vingt-cinq et c’est en grande partie grâce au plaisir qu’on prend à faire cette émission avec Olivier Ménard, que l’on a autant grandi.

– As-tu une anecdote de plateau rigolote à nous raconter?

 En ce moment, on fait le petit jeu entre les consultants de l’Equipe type et l’Equipe du soir. Or, on a gagné le trophée du mois de septembre et les mecs de l’Equipe type tiraient la tronche. J’ai donc soulevé la coupe pour les brancher et j’ai voulu leur lancer en pensant qu’ils allaient la récupérer. Seulement, je ne m’étais pas aperçu que la coupe était en verre et personne ne l’a attrapée lors de mon lancer. J’ai donc explosé la coupe, sur la table. Je suis resté bête. Heureusement, la table, qui est aussi en verre, a résisté.

« Pour durer dans le journalisme, il faut être passionné »

– Dans le milieu du sport depuis 1994, tu fais partie de ces journalistes qui « durent ». Quel est le secret d’une telle longévité? Quelles sont les principales différences entre, être journaliste sportif en 1994 et en 2016?

Je pense que le secret pour durer c’est d’avoir un minimum de compétences et un maximum de passion. A la télévision par exemple, il ne faut pas tomber dans le caricatural car à un moment ou à un autre, tu passes de mode. Par exemple, il y a eu la mode des blondes, puis celle des gros sur les plateaux TV, maintenant on est passé à autre chose.

Puis, quand tu es grand reporter, tu es tout le temps sur les routes. Il faut donc être prêt à partir n’importe où, n’importe comment et à n’importe quelle heure, mais c’est surtout très important d’arriver à garder cette petite flamme de passionné au fond de toi. Le football a énormément changé, le déclic c’est la Coupe du Monde 1998. Le football est sorti de sa bulle sportive pour devenir un phénomène de société, il y a donc eu davantage de médias qui s’y sont intéressés. Il y a aussi l’avènement de la TNT, d’Internet… Aujourd’hui, tout ceci fait que le monde footballistique a totalement changé. Mais ça n’empêche pas de garder la passion intacte, je vais faire huit heures de train la semaine prochaine pour voir un Lorient – Saint Etienne, mais j’y vais avec toujours la même envie et curiosité qu’à mes débuts.

En 1994, tu avais moins de « barrières ». Il y avait moins  d’agents de joueurs et les services de communication des clubs étaient moins omniprésents, moins omnipotents. On avait un accès direct aux joueurs. Maintenant, c’est beaucoup moins humain et ça perd un peu de son charme de ce côté-là.

– En plus de toutes les étiquettes que tu possèdes, tu es aussi écrivain. En 2014, tu as notamment publié 1000 Maillots de Foot et Coupe du Monde Inside. Pour toi, est-ce primordial de partager ta passion et ton expérience aux amoureux du football?  Comment as-tu eu l’idée de rédiger des livres?

 J’ai toujours voulu écrire des livres car c’est un espace de liberté. Quand tu fais de la presse écrite, il y a beaucoup de contingences. Rédiger un livre, c’est quelque chose qui t’appartient, tu nourris ta propre réflexion. J’ai eu la chance d’écrire 1000 Maillots de Foot, qui a très bien marché et cela m’a ouvert les portes de beaucoup d’éditeurs.

Je suis en train d’écrire mon septième livre qui va être un peu plus léger, avec pas mal d’anecdotes et de citations dans le milieu du football.

– En tant que grand reporter, tu as assisté à de nombreuses compétitions internationales. Si tu devais choisir trois souvenirs de Coupe du Monde de football, par exemple, quels seraient-ils?

Le premier, c’est la finale de la Coupe du Monde 1998. C ‘était un rêve éveillé. C’est la seule fois de ma vie, que je me suis laissé aller dans une tribune de presse. Je me suis même permis de monter sur le pupitre des journalistes! (Rires). Le deuxième, c’est mon premier match lors de la Coupe du Monde en Corée du Sud, en 2002. Je me retrouve seul, à l’autre bout du monde, au milieu des rizières, pour couvrir Danemark-Uruguay. C’était le top au niveau de l’évasion! J’ai repensé au gamin de huit que j’étais, assis sur les genoux de mon oncle à qui je disais ma volonté d’être reporter à l’Equipe un jour. Je touchais du doigt mon rêve. Ca a été une émotion toute personnelle, solitaire, mais très forte. Et en troisième, pour la symbolique, la finale de la Coupe du Monde 2014 au Maracana. Le match Allemagne-Argentine, dans un stade mythique, c’était le summum. Commencer sa carrière de journaliste par la victoire, à domicile, de la France 3 à 0 contre le Brésil et être présent seize ans plus tard au Maracana pour assister à ça. Tu ne peux pas rêver mieux dans ta vie de grand reporter spécialisé dans le foot.

« Andreï Chevtchenko a toujours été génial avec moi »

– Tu as rencontré de nombreux sportifs tout au long de ta carrière. Quels sont ceux que tu as le plus apprécié? A l’inverse, peux-tu nous citer certains qui ne resteront pas dans tes meilleurs souvenirs?

Celui qui a toujours été très classe, très pro et sympa avec moi, c’est Andreï Chevtchenko. Je l’ai côtoyé au Milan AC, puis en Ukraine, il a toujours été d’une grande correction et simplicité envers moi. J’ai toujours eu un bon feeling avec lui. J’ai adoré Michel Platini aussi. Je me revois l’écouter en 1996, dans son bureau sur les Champs-Elysées, me raconter son pénalty de Guadalajara en quart de finale de la Coupe du Monde. Il avait décalé son rendez-vous chez le coiffeur pour nous retirer son pénalty. J’avais trouvé ça extraordinaire qu’il soit resté le joueur passionné qu’il a été. Je n’ai pas spécialement d’affinité avec Zinedine Zidane, mais tout au long de ma carrière, il a été là. Chaque fois que je lui ai demandé une interview, il a accepté et il a toujours répondu présent. J’ai eu une rencontre extraordinaire avec Roque Maspoli, le gardien de l’Uruguay Championne du Monde en 1950. Je l’avais rencontré dans sa maison, en banlieue de Montevideo. Il y a eu une panne d’électricité et on s’est retrouvé dans le noir complet. J’avais l’impression que c’était une voix d’outre-tombe qui me racontait le football d’un autre temps. C’était un moment fantastique.

Inversement, je n’ai jamais trop eu de bonnes relations avec Joël Muller, par exemple. J’ai eu aussi l’a chance de faire des tête à tête avec Ronaldo (le Brésilien), malheureusement ça ne s’est pas trop bien passé. Je n’en garde pas un mauvais souvenir car j’ai tout de même rencontré une légende du football.

– Quels sont tes meilleurs amis dans le domaine du journalisme? Au sein des joueurs professionnels?

J’ai beaucoup de copains dans le journalisme, mais je suis ami avec Vincent Duluc et Franck Le Dorze, tous deux de L’Equipe. Au niveau des joueurs, j’ai été très ami avec Vikash Dhorasoo, Jean-March Chanelet. Aujourd’hui, je suis proche d’Olivier Pickeu et de Frédéric Hantz. Et je le reste de Patrick Battiston. Par contre, je pleure la disparition de Dominique Dropsy. Mon « Dodo », nos soirées à fumer le cigare avec une poire Brama en refaisant le monde à coups d’éclats de rire, me manquent.

– Tu es fan de l’AS Saint-Etienne. Que penses-tu de cette moitié de saison et du parcours en Europa League du côté de Geoffroy Guichard?

 Au regard des efforts financiers consentis par le club, 20 M€ investis rien que sur l’année 2016, le bilan de cette mi-saison est insuffisant. Même si le premier objectif, à savoir la qualification en seizième de finale de l’Europa League, a été atteint. Aujourd’hui, avec la créativité qu’ils ont au milieu avec Saivet, Selnaes, et Veretout, les Verts devraient faire beaucoup mieux. A leur décharge, ils n’ont jamais pu aligner leur attaque type avec Hamouma, Beric et Tannane.

– Lorsque tu n’es plus le reporter Bernard Lions, qu’aimes-tu faire de tes temps libres?

 Je m’occupe de ma femme et de ma petite fille de seize mois. Je vois mes potes, ma famille et je profite de la vie. J’adore lire et voyager, car ça rend moins con. et puis, j’écris des livres.

– Un dernier mot pour les lecteurs du Blog de Jayjay?

Continuez à suivre ce Blog avec des interviews très intéressantes 😉 . Amitiés sportives.

JayjayEN TETE A TETE AVEC BERNARD LIONS

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