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EN TETE A TETE AVEC NICOLAS MARIN

C’est de Nouvelle-Calédonie, où il réside actuellement, que j’ai eu le plaisir d’avoir Nicolas Marin au téléphone. Très sympathique et généreux, c’est un excellent moment que j’ai partagé avec lui. Tout au long de l’interview, l’ancien attaquant aux cheveux peroxydés s’est livré avec sincérité sur sa carrière qui l’a vu évolué dans treize clubs différents. Il revient aussi avec émotion sur certains passages de sa vie de footballeur, qui lui laissent quelquefois des regrets. J’ai senti quelqu’un d’attachant et de très proche de sa famille.

A la fin de sa carrière, Nicolas va pouvoir se servir de son expérience personnelle pour conseiller son fils qui  vient de rentrer au centre de formation de l’OGC Nice, afin qu’il ne fasse pas les mêmes erreurs que lui. Entretien avec un homme honnête et atypique qui ne laissera pas indifférent les lecteurs du Blog de Jayjay.

– Bonjour Nicolas, né à Marseille, tu débutes le football dans la cité phocéenne et pases notamment par FC Burel. A l’âge de quatorze ans, tu rejoins le centre de formation de l’AJ Auxerre où tu vas évoluer jusqu’à l’intégration de l’effectif professionnel. Que peux-tu nous dire sur cette période-là?

J’ai débuté au Celtic de Beaumont, un club de Marseille. Puis, j’ai rejoint les Caillols et pour finir je signe au FC Burel. Là-bas, je joue en -15 ans Nationaux et en sélection régionale de Méditerranée.

Je suis repéré par l’AJ Auxerre, qui me fait passer des tests. Je visite les installations d’un des meilleurs centres de formation de l’époque et je tombe amoureux de l’AJ Auxerre. Je signe donc un contrat de non-sollicitation avant de revenir finir ma saison au FC Burel. Je rejoins l’AJA l’année d’après.

– Tu vas donc faire tes premiers pas en Ligue 1 avec le maillot de l’AJA sur le dos. Malheureusement, tu ne vas disputer que deux rencontres de championnat en trois saisons du côté de l’Abbé-Deschamps. Comment expliques-tu ce manque de temps de jeu? A ce moment-là, as-tu eu peur de ne pas pouvoir réaliser ton rêve de devenir footballeur professionnel?

J’avais signé professionnel, mais la finalité n’était pas au rendez-vous. En toute modestie, je faisais de super entrainement avec l’équipe réserve, seulement Guy Roux ne me faisait pas confiance et me reprochait énormément de choses.

A un moment donné, c’était compliqué de rester concerner. Je ne jouais qu’avec l’équipe réserve, c’était don compliqué de me faire remarquer.

Je ne joue pas lors de ma première année. Lors de ma deuxième saison, je dois partir en prêt à Saint Etienne, mais Guy Roux décide de me garder dans l’optique d’avoir un effectif étoffé pour jouer la Ligue des Champions.

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– Tu quittes Auxerre et prends la direction de l’AS Saint-Etienne qui évolue en Ligue 2. Avec les Verts, tu vas participer activement à l’obtention du titre de Ligue 2 avec notamment six buts en trente-quatre matchs de championnat. Peux-tu nous raconter cette superbe saison à Saint-Etienne? Est-ce le meilleur souvenir de ta carrière?

Je pars à Saint Etienne dans l’optique d’avoir du temps de jeu et j’explose tout. Ma carrière débute à Geoffroy-Guichard. Les deux saisons à Saint-Etienne sont les deux plus belles années de ma vie C’est là où je me révèle.

En trois mois, je deviens un peu « le chouchou » du public avec ma personnalité un peu décalé, mes cheveux peroxydés, mon jeu virevoltant.

Je participe activement à la montée et je garde un excellent souvenir de mon passage chez les Verts.

« Quitter l’AS Saint-Etienne fût la pire décision de ma carrière »

– Malgré une deuxième saison personnelle intéressante en Première Division avec l’ASSE, tu décides de rejoindre le CS Sedan Ardennes qui joue en Ligue 2. Pourquoi ce choix? Pourquoi ne pas être resté à l’ASSE? As-tu reçu des offres d’autres clubs?

C’est un choix de merde! Un agent m’appelle pour signer à la Fiorentina, toutes les modalités de transfert sont bouclées, mais je n’ai plus de nouvelles au moment de signer. Cette histoire me déstabilise beaucoup.

Mon agent me fait part de l’intérêt de beaucoup de clubs de Ligue 2. Je ne sais pas trop quoi faire, car je suis heureux à Saint-Etienne. Mon père me conseille de rester.

Sedan m’offre un pont d’or pour signer chez eux et j’avoue que j’ai privilégié l’aspect financier à ce moment-là. C’est ma plus grosse erreur. Je sortais de deux belles saisons, dans un environnement exceptionnel et j’ai été mal conseillé par mon agent.

J’ai fait n’importe quoi, mais j’assume tout de même ce mauvais choix. Pour ma défense, en arrivant à l’ASSE, personne ne me connait et en peu de temps, je me révèle aux yeux du grand public. Indirectement, je me suis pris pour un grand joueur et je ne me suis pas rendu compte que j’aurais dû rester à Saint-Etienne afin de m’épanouir totalement.

– Dés ta première saison, tu vas connaître à nouveau les joies d’une montée en Ligue 1 avec le club ardennais. En deux saisons, tu vas disputer soixante et une rencontre de championnat avec le CSSA. Quels sont tes meilleurs souvenirs de ta période sedanaise? Quelles sont les raisons qui t’ont poussé à quitter le club, malgré deux belles années personnelles?

Honnêtement, je n’ai pas énormément de bons souvenirs de mon passage à Sedan. La première saison, on monte, mais ça ne se passe pas très bien d’un point de vue personnel.

Le gros problème, c’est que le club pensait que j’étais Lionel Messi et que je devais marquer à tous les matchs ou du moins faire systématiquement la différence.

Je reste la deuxième année pour essayer de jouer en Ligue 1 avec le club des Ardennes. Malheureusement, les supporters m’avaient pris en grippe lors de ma première saison à cause notamment d’une interview où je clamais mon amour pour l’ASSE et je deviens la tête de turc du club.

En Ligue 1, je fais une belle saison malgré tout, mais ce n’est pas suffisant pour me faire apprécier par le public. Je sentais qu’il y avait une cassure entre eux et moi.

« L’exigence tactique de Christian Gourcuff n’était pas faite pour moi »

– C’est au FC Lorient que tu poses tes valises lors de la saison 2007/08. Vous allez finir à une honorable dixième place. Peux-tu nous parler de ton année du côté du Morbihan?

Je choisis de quitter Sedan, car le projet de Lorient était intéressant. De plus, travailler avec Christian Gourcuff était quelque chose qui m’attirait.

Je fais un début de saison monstrueux et l’équipe tourne à plein régime. Lors de nos premières journées, on gagne face à Monaco à domicile, on s’impose au Parc des Princes.

Cependant, la rigueur tactique instaurée par Christian Gourcuff n’est pas en adéquation avec mes qualités physiques. Au mois d’octobre, j’ai le contrecoup physique de mon début de saison et je ne réitère pas mes prestations des premières journées. Je finis l’année remplaçant, car l’entraineur trouve que je ne défends pas assez, ce que je comprends tout à fait maintenant, même si à l’époque je l’ai très mal vécu.

Avec le recul, il faut dire que ma mentalité de « petit con » qui se braque m’a beaucoup desservi.

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– La saison suivante, tu vas être prêté au club de Plymouth en deuxième division anglaise, jusqu’au mois de décembre. Pour la fin de saison, tu es encore prêté et cette fois c’est au SC Bastia que tu vas évoluer. Que peux-tu nous dire sur ces deux prêts?

Lorsque je signe à Lorient, je me sépare de mon agent. Après ma saison au FCL, je reçois des propositions d’agents qui me parlent de Grèce, de Turquie, etc… Les jours passent et au final je ne reçois aucune offre concrète.

Fin juillet, je reçois un coup de fil d’un agent qui me propose de faire un essai à Middlesbrough. Avec ma mauvaise mentalité, je lui réponds que je jouais en Ligue 1 et que je ne ferais pas d’essai, que s’ils me veulent, ils me font juste signer un contrat. Du coup, l’affaire capote à cause de ma réaction.

J’ai un contact avec le FC Sochaux, où l’entraîneur Francis Gillot veut que je vienne, mais il opte finalement pour le Tchèque, Vaclav Sverkos.

J’ai une proposition de dernière minute de Plymouth qui ne me réjouit pas. Je ne voulais pas y aller, mais le club arrive à me convaincre. J’arrive en Angleterre, je suis en surpoids, je n’ai pas de préparation physique. Je sens que cela va être compliqué là-bas. Je suis mis de côté par l’effectif et je ne figure même pas sur la photo officielle du club.

Au mercato d’hiver, Christian Villanova, que j’avais connu à Saint-Etienne, me demande de le rejoindre au SC Bastia pour jouer en Ligue 2.

Au mois de janvier, j’arrive donc à Bastia en prêt. Je fais six mois intéressants et les dirigeants veulent que je reste. Mais, nous ne nous sommes pas entendus financièrement.

– Tu quittes le FC Lorient et la France pour rejoindre la Suisse et le FC Sion où tu vas évoluer durant deux saisons. Puis, tu signes au FC Lausanne-Sport pour y jouer pendant six mois. Comment s’est réalisé ton transfert? Peux-tu nous raconter tes deux expériences en Suisse? Pourquoi avoir quitté Lausanne au bout de seulement six mois?

Je fais une super préparation pour mon retour au FC Lorient. Gourcuff me dit qu’il est content de moi durant les matchs de pré-saison. Je me prépare à faire ma saison du côté du Moustoir.

Un soir, Emile M’Penza, avec qui j’avais joué à Plymouth, me téléphone pour me parler d’un éventuel intérêt du FC Sion. L’entraineur du club suisse était Didier Tholot que j’avais connu à Saint-Etienne et il veut que je signe chez eux.

Je négocie avec les dirigeants lorientais mon départ et je signe un contrat de trois ans au FC Sion.

Lors de ma première année au FC Sion, je termine troisième meilleur passeur du championnat avec dix passes décisives et j’inscris aussi cinq buts. Tout se passe extrêmement bien, jusqu’au jour de l’ouverture du mercato d’été où le président du club me demande de partir, car selon lui j’aurais dû être encore plus décisif. Je refuse plusieurs offres de clubs étrangers et je décide de rester malgré tout au club.

Il s’ensuit une guerre pas possible entre le président et moi. Toute la saison, il m’a mis des bâtons dans les roues. J’ai été écarté du groupe professionnel, puis réintégré. A la fin je décide de partir.

Je prends la direction de Lausanne et je vais évoluer là-bas durant six mois, car je reçois une offre de Dubai que je ne peux pas refuser.

–  En janvier 2012, tu choisis de t’exiler aux Emirats Arabes Unis, en signant dans le club du Dubai CSC pour six mois, puis tu rejoins le club grec de Xanthi pendant deux ans. Que retiens-tu de ces deux saisons et demi passées hors de France?

Un an avant que je signe à Dubai, j’étais parti en vacances aux Emirats Arabes Unis avec Mehdi Benatia. Je lui avais dit que si un jour j’avais l’opportunité de jouer ici, je le ferais. C’était l’endroit rêvé pour pratiquer le football. Le climat, le cadre de vie, tout était réuni pour s’épanouir.

Je rejoins donc le club de Dubai CSC et tout se passe bien durant huit mois, jusqu’à ce qu’il me casse mon contrat pour recruter un attaquant.

J’ai le club grec de Xanthi qui me fait une proposition et je décide de tenter l’expérience. C’était un bon club du championnat grec, très sérieux et qui contrairement à certaines équipes de Grèce à l’époque, payaient ses joueurs jusqu’au moindre centime.

J’effectue une belle première saison et lors de la suivante, l’éloignement de ma famille se fait sentir et je n’ai plus trop la tête au football.

– A l’été 2014, tu reviens en France où tu vas rejoindre Boulogne en National, puis le Sporting Toulon Var en CFA 2. Etait-ce primordial pour toi de revenir en France pour y terminer ta carrière?

Je me blesse gravement (rupture des ligaments du genou) durant mon année à Boulogne et à trente-quatre ans, je me dis que j’ai fini ma carrière. Toulon me contacte, je me dis qu’une dernière année, même en amateur, peut me faire du bien pour jouer sans pression et se faire plaisir.

Malheureusement, le problème qui s’est posé, c’est que les gens attendaient beaucoup de moi. De plus, le niveau amateur est difficile et ma relation avec l’entraineur ne s’est pas passée comme prévue.

« Avec l’AS Magenta, on est en demi-finale de la Ligue des Champions d’Océanie »

– Depuis janvier 2017, tu joues à l’AS Magenta, en Nouvelle-Calédonie. Comment s’est réalisé ton transfert? Que peux-tu nous dire sur cette nouvelle vie de footballeur? Peux-tu nous parler de ton nouveau club?

Après Toulon, j’avais pris la décision d’arrêter ma carrière. Le président de l’AS Magenta m’a contacté en décembre pour venir jouer deux mois et demi dans son club.

J’ai bien réfléchi et j’ai décidé de relever un dernier challenge, avec en plus la possibilité de jouer la Ligue des Champions d’Océanie. La durée du contrat a beaucoup joué dans ma décision. Je ne me voyais pas encore partir sur une saison complète avec tous les sacrifices que cela comporte.

Je remercie d’ailleurs ma femme et mes enfants, qui m’ont permis de vivre pleinement ma passion. Mon épouse n’a pas toujours eu des moments faciles, elle devait s’occuper de tout en mon absence et pour cela je lui tire un grand coup de chapeau. J’ai une femme en or et je m’en aperçois chaque jour.

Au niveau du club, on joue la demi-finale de cette Ligue des Champions contre Wellington (Nouvelle-Zélande) et le gagnant de cette compétition participera au Championnat du Monde des Clubs la saison prochaine.

– Tu as connu treize clubs tout au long de ta carrière et tu n’es resté au maximum que trois ans dans une même équipe. Comment peux-tu expliquer ce manque de stabilité? Selon toi, dans quel club aurais-tu pu rester un plus long moment?

Je pense avoir réalisé une belle carrière. Certes, j’aurais peut-être pu faire mieux, mais je n’ai pas à me plaindre. Par exemple, je n’ai jamais connu le chômage.

Après, c’est sur que j’ai fait des choix incompréhensibles par moment et notamment lorsque j’ai quitté l’AS Saint-Etienne, où j’aurais pu rester longtemps.

Le problème c’est que quand ça n’allait pas dans mon sens, j’envoyais tout balader et je quittais le club. J’ai eu de la fierté mal placée et cela m’a desservi. Je me prenais pour une star, mais je n’étais qu’un petit joueur de Ligue 1 ou même Ligue 2. J’ai manqué d’humilité et c’est ce que j’essaie d’inculquer à mon fils et aux jeunes Calédoniens.

– Avec quels anciens coéquipiers es-tu resté le plus proche?

 Mehdi Benatia, Alaeddine Yahia et Jody Viviani. Ce sont mes trois amis avec qui je suis en contact régulièrement.

« A Auxerre, j’ai fait les quatre cents coups avec Philippe Mexès »

– Quels sont les joueurs les plus drôles avec qui tu aies joué? Peux-tu nous raconter une anecdote à ce sujet?

Mes pires conneries, je les ai faites avec Philippe Mexès, à l’AJ Auxerre. On n’arrêtait pas d’enchaîner les rigolades à l’époque.

Je me souviens qu’une fois, j’avais lavé ma voiture avant d’arriver pour m’entrainer et au moment de repartir du centre d’entrainement, j’entends quelque chose taper sur mon véhicule. C’était Philippe qui me tirait dessus avec un pistolet de paintball! (Rires) Ma voiture était remplie de peinture (Rires).

Une autre fois, je lui avais mis du Musclor dans son caleçon et lorsqu’il a enfilé, il est devenu fou. J’étais en train de me laver et il est arrivé en me jetant du Synthol au visage! (Rires) Je croyais que j’avais perdu la vue! (Rires)

Pour finir, une anecdote mythique, on faisait un footing et ce jour-là on devait passer à côté d’une rivière. Philippe fait style de me pousser à l’eau et je sais pas ce qui se passe, mais je l’envoie directement dans la rivière! (Rires) On était en décembre et il était trempé de la tête aux pieds! (Rires) Guy Roux m’avait passé un sacré savon après cela!

– Quel est le joueur que tu as perdu de vue et dont tu aimerais avoir des nouvelles?

Il y a deux joueurs que j’ai perdu de vue, ce sont Djibril Cissé et Philippe Mexès.

Paradoxalement, pour diverses raisons, je n’aurais pas envie de les revoir. J’ai été déçu par leurs attitudes.

Pour moi, c’était vraiment de très bons amis et j’ai partagé énormément de choses avec eux. J’étais au côté de Djibril lors de ses séparations, ainsi qu’à la naissance de son premier enfant. Idem pour Philippe.

Je ne sais toujours pas pourquoi ils m’ont zappé de leurs vies et je leur en veux un peu pour ça.

– Un dernier mot pour le Blog de Jayjay?

J’espère que tu auras énormément de succès, notamment avec mon interview! (Rires). C’est bien que tu fasses du bon travail et je souhaite que tu ailles le plus haut possible. Continuez à suivre ce Blog!

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