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EN TETE A TETE AVEC FREDERIC BULOT

Le football professionnel réserve quelquefois de mauvaises surprises. C’est l’amère découverte dont nous fait part Frédéric Bulot dans son interview. De son départ de l’AS Monaco à son aventure catastrophique cette année au Stade de Reims, l’international Gabonais se livre sans langue de bois pour le Blog de Jayjay.

Très sympathique et d’une droiture exemplaire notamment vis-à-vis de son agent, son récit nous permet de mieux comprendre les contours du football professionnel actuel.

A 26 ans et débarrassé de tous ses pépins physiques, le natif de Libreville espère rebondir dans un club, où il pourra retrouver les joies de la vrai vie de footballeur.

C’est tout le mal que je souhaite à ce personnage attachant et pétri de qualités, qui ne devrait pas manquer de courtisans lors de la prochaine intersaison.

Entretien salé avec l’ex-pensionnaire du pôle espoir de la Berrichonne de Châteauroux, pour le plus grand plaisir des lecteurs du Blog de Jayjay.

 

– Bonjour Frédéric, né à Libreville au Gabon, tu commences le football au Tours FC. A l’âge de treize ans, tu rejoins le pôle espoir de la Berrichonne de Châteauroux, avant de rejoindre le centre de formation de l’AS Monaco. Comment se sont passés tes premiers pas dans le ballon rond?

Je suis arrivé en France à l’âge de quatre ans. J’ai débuté le football dans la rue, où j’ai construit mes bases techniques, avec notamment des dribbles que tu inventes quand tu joues dans ton quartier entre amis.

Mes parents m’ont inscrit dans différents sports, j’ai fait du judo, du patinage et j’ai fini par choisir le football, discipline qui me convenait le mieux.

J’ai pris ma première licence en poussin et c’est à partir de là que j’ai trouvé du plaisir à faire du football. Les entraineurs ont de suite vu que j’avais quelque chose par rapport aux autres joueurs de mon âge.

Durant mes année en classe de sixième et cinquième, j’étais en sport-études et cela m’a permis d’être vite formé au niveau des bases du football. J’ai passé les tests pour rentrer au pôle espoir de Châteauroux et j’ai été pris.

Personnellement,  le pôle espoir a été bénéfique pour moi, il m’a permis de m’habituer petit à petit à la séparation avec ma famille. La semaine j’étais à Châteauroux et je rentrais les week-end à Tours auprès de ma famille, c’était l’idéal.

Avant de rentrer au pôle espoir, j’avais déjà signé un contrat avec l’AS Monaco qui m’avait repéré lorsque je jouais avec Tours. J’ai visité les installations de l’ASM et malgré des offres d’autres clubs, je ne voulais aller nul part ailleurs.

– Tu vas évoluer dans les catégories de jeunes de l’ASM, jusqu’à l’intégration de l’effectif professionnel. Comment s’est passée ton intégration au sein du groupe? Quels sont les joueurs qui t’ont pris sous leurs ailes?

J’étais le seul joueur à avoir évolué en Equipe de France dans toutes les catégories de jeunes. C’était flatteur pour moi. J’ai fait quelques entraînements avec le groupe professionnel et lorsque des gars, que tu vois habituellement à la télévision, te taquinent sur tes qualités techniques, c’est impressionnant!

J’ai fait des matchs amicaux avec Ricardo comme entraineur, lorsque j’avais dix-sept ans. Ce sont des moments où tu te dis : Pourquoi pas moi?

J’ai commencé qu’un peu plus tard, à m’entraîner de façon plus régulière avec les professionnels. C’était bien, car il y avait beaucoup de jeunes du centre de formation dans l’effectif, avec entre autres, Yoann Mollo, Cédric Mongongu, Djamel Bakar. On n’était pas dépaysé du coup, car on avait tous joué ensemble dans les catégories de jeunes, puis en CFA.

Mahamadou Diarra qui arrivait du Real Madrid, était proche des jeunes et nous conseillait beaucoup.

Frederic Bulot AS Monaco

– Lors de la saison 2010/11, tu vas connaître ta première apparition en Ligue 1 avec le maillot de l’ASM sur le dos. Comment as-tu appris la nouvelle? Que peux-tu nous dire sur cette première expérience?

C’était face à l’Olympique Lyonnais, lors de la première journée de championnat. J’ai eu la chance d’avoir un entraineur qui me fasse confiance et qui me titularise malgré l’effectif de l’ASM à l’époque. Il croyait en moi et j’avais énormément de pression.

J’ai commencé tranquillement, sans trop porter le ballon, puis j’ai pu me lâcher et tenter des choses, au fur et à mesure de la rencontre. C’était une belle expérience et c’est de là que tout est parti. Je remercie d’ailleurs Guy Lacombe de m’avoir donné ma chance à ce moment-là.

« Certains dirigeants de l’AS Monaco ne m’ont pas respecté »

– Après huit apparitions en Ligue 1, tu vas quitter le club de la Principauté pour rejoindre le SM Caen. Pourquoi ce choix?

Lors de ma dernière saison en Principauté, j’arrivais en fin de contrat. J’ai pas mal joué durant la première partie de saison, mais j’avais une clause dans mon contrat qui stipulait que si je jouais un certain nombre de matchs, j’avais une prime. Or, le club a tout fait pour que je ne joue pas en fin de saison pour ne pas l’obtenir.

De plus, les dirigeants souhaitaient que je prolonge, à la condition que je change d’agent. Sauf, que je ne voulais pas, car j’étais content de lui et je ne voulais pas le trahir. J’ai donc refusé leur offre de prolongation et ils m’ont fait évoluer en équipe réserve pour me punir.

J’ai pris sur moi et je connaissais mes qualités, je savais au fond de moi que je pourrais rebondir ailleurs. Cet épisode m’a très tôt dégouté du monde du football.

Cette saison-là, Monaco est descendu en Ligue 2 et comme toute l’équipe dirigeante est partie, ils m’ont proposé une nouvelle offre de contrat. Laurent Banide, l’entraineur, m’a dit qu’il savait ce qu’il s’était passé avec les anciens dirigeants et qu’il ne cautionnait pas cela. Il voulait que j’aide le club à retrouver la Ligue 1.

Malheureusement, j’avais des offres de clubs de Ligue 1 et il s’était passé déjà trop de choses sur le Rocher pour que je sois à 100% dans l’aventure. C’est dommage, car j’aimais ce club, mais d’un point de vue psychologique, il fallait que je parte.

– A Caen, tu vas réaliser une saison pleine en disputant toutes les rencontres de Ligue 1 et en multipliant les bonnes performances. Malheureusement, le club termine à la dix-huitième place et descend en Ligue 2. Quels souvenirs gardes-tu de cette année en Normandie? Que vous a t-il manqué pour vous maintenir?

C’était une très belle année, que ça soit au niveau des supporters, de l’encadrement, tout se déroulait pour le mieux. En plus, j’étais en équipe de France Espoir, c’était vraiment le top.

On avait un effectif avec de très bons joueurs autant sur le terrain et qu’en-dehors, ce qui est important dans un effectif. On n’a jamais été dans la zone des relégables durant toute la saison et on descend la dernière journée.

A Caen, on m’expliquait que chaque saison, le club avait systématiquement de mauvais résultats durant deux-trois mois. Je ne voulais pas le croire, pourtant c’est ce qu’il s’est passé.

Les gens trouvaient limite cela normal et ils l’acceptaient. Je n’ai pas trop compris cette mentalité et notamment, les soirs de défaite, c’était bizarre d’entendre que ce n’était pas grave, qu’on ferait mieux le prochain match. On était tombé dans une sorte de normalité, on se voyait descendre, mais personne ne se rebellait.

Je me suis même demandé si ça n’arrangeaient pas certains joueurs de descendre pour avoir leurs places l’année suivante ou à l’inverse pour d’autres, qui voulaient partir sous d’autres cieux en Ligue 1.

« Je suis quelqu’un qui a des valeurs et qui respecte ses engagements »

– Après une seule saison au SMC, tu décides de partir et de prendre la direction du Standard de Liège où tu vas rester deux ans. Pourquoi avoir choisi le Standard de Liège? As-tu reçu des offres d’autres clubs?

C’est toujours une question d’intérêt. J’avais des offres sportivement et financièrement très intéressantes, sauf qu’on me demandait systématiquement de changer d’agent. Sauf que je suis quelqu’un qui a des valeurs et je préfère être dans une situation moindre, mais pouvoir me regarder dans un miroir, plutôt que d’être avec des personnes qui ne voient que leur propre intérêt.

Frederic Bulot Standard de liege

– Tu effectues de belles prestations avec le Standard, notamment lors de la première saison en jouant plus de trente matchs en Jupiler Pro League. Cependant, tu vis une deuxième saison plus difficile où tu seras souvent utilisé en tant que remplaçant. Peux-tu nous raconter tes deux années en Belgique?

J’ai donc signé au Standard de Liège, qui est un des plus grands clubs belges. Ils possèdent des supporters passionnés et j’ai pu voir au quotidien, ce qu’était l’exigence du haut-niveau.

Lors de ma première saison, ce fût difficile pendant mes premiers mois en Belgique, car j’étais en sélection durant l’été et je n’ai eu que deux semaines de coupure. Je suis arrivé assez fatigué et avec la pression de mon transfert (deux millions d’euros), les gens attendaient que je fasse de bonnes performances t dés mes premiers matchs.

Au fur et à mesure de la saison, j’ai retrouvé mon niveau et la suite de l’année fût nettement meilleure. Concernant la deuxième année, j’ai commencé très fort en étant meilleur buteur de l’Europa League notamment. Malheureusement, je me suis blessé et j’ai été absent pendant plusieurs mois.

A mon retour, l’équipe tournait à plein régime et faisait de bons résultats. J’ai dû attendre mon heure et lors de ma première titularisation à la suite de ma blessure, j’ai fait un bon match, ce qui m’a permis de jouer plus régulièrement sur la fin de saison.

Frédéric bulot gabon

– Lors de ta deuxième année au Standard, tu vas connaître ta première sélection avec l’équipe nationale du Gabon. Toi qui as joué dans toutes les sélections de jeunes avec l’équipe de France, pourquoi avoir choisi de porter les couleurs du Gabon? Qu’as-tu ressenti lors de ta première sélection avec les Panthères? Quels sont tes meilleurs souvenirs avec l’équipe nationale?

Au Standard, j’étais bien, mais je savais que je n’avais pas la médiatisation requise pour espérer être appelé un jour en équipe de France. Le fait de représenter un pays, d’être important pour sa sélection et d’être le meneur de jeu de son équipe nationale a un impact beaucoup plus important pour moi que d’attendre une éventuelle convocation chez les Bleus.

Au Gabon, j’ai plus conscience des choses que je peux apporter à mon pays.

Mes meilleurs souvenirs sont les qualifications pour la Coupe d’Afrique des Nations. Il manquait des joueurs importants et malgré cela, on a réussi à faire de bonnes choses. On n’était pas en vacances, mais il y avait une telle ambiance entre nous, un tel plaisir d’être ensemble, qu’on profitait de chaque instant. On a fini premier de la poule de qualification avec une équipe très jeune et sans aucune défaite. C’était une superbe période.

 « Jouer à Charlton a été la meilleure expérience en club de ma carrière »

– Par la suite, tu es prêté par le Standard à Charlton qui évolue en deuxième division anglaise. Tu vas réaliser une très belle saison en Angleterre en participant à vingt-huit matchs de championnat. Peux-tu nous parler de ton expérience anglaise?

C’est la meilleure expérience en club que j’ai eu. Au départ, j’étais réticent pour aller à Charlton. Le président du Standard possédait aussi le club anglais. Comme il ne voulait pas que je signe dans un autre club, il m’a proposé de me prêter en Angleterre, afin d’aider le club à accéder à la Premier League. J’y suis allé à reculons et au final je ne voulais plus repartir à l fin de la saison.

C’était magique. Que ça soit au niveau des supporters, de la mentalité, de la culture, du football, c’était extraordinaire. Le contrat était prêt pour que je prolonge l’aventure d’une saison en Angleterre, mais le président a vendu le Standard de Liège et comme j’appartenais au club belge, les nouveaux repreneurs ne voulaient entendre parler que d’un transfert pour que je rapporte de l’argent. Du coup, l’affaire capota.

– La saison dernière, tu retrouves la France en signant au Stade de Reims pour évoluer en Ligue 1. Après avoir participé à la première partie de la saison, tu vas te blesser et connaître des difficultés à revenir à ton niveau pour la fin de la saison. Que peux-tu nous dire sur ton retour en France l’année dernière? Comment as-tu vécu la descente en Ligue 2 du Stade de Reims?

Je n’étais pas forcément dans l’optique d’un retour en France, même si j’étais heureux de retrouver la Ligue 1. Cela a très bien commencé autant individuellement que collectivement. On était deuxième du championnat en gagnant beaucoup de matchs, notamment face à Marseille, Bordeaux et on fait même match nul contre le PSG.  Tout se passait très bien.

Malheureusement, j’ai pris un coup sur le genou avec la sélection nationale, qui m’a empêché d’être en forme avec mon club. Ma blessure nécessitait un traitement spécial, qui était de reprendre l’entrainement en douceur, une ou deux séances par semaine, afin que je puisse disputer les matchs le week-end. Sauf, que cela a créé des désaccords au sein du club et j’ai dû jouer sur une jambe pendant de longues semaines.

A un moment, je ne pouvais plus jouer comme ça. J’ai donc pris la décision de me faire opérer, quitte à sacrifier ma fin de saison, car ce n’était plus possible de continuer. Sauf, que le club a refusé que je me fasse opérer dans l’optique que je joue la fin de saison, même sur une jambe, pour aider le club à se maintenir en Ligue 1. Ils ont vu leur propre intérêt, plutôt que le fait que je souffre.

Ils m’ont proposé de me faire une opération où il me nettoyait le genou, pour que je puisse reprendre plus vite, sauf que ma blessure demandait une intervention plus complexe pour que je sois totalement guéri.

J’ai tout de même accepté, cependant il m’avait dit que j’allais revenir d’ici deux semaines, or j’ai mis deux mois à m’en remettre. Ma rééducation fût bâclée et j’ai perdu de la flexion, de la puissance, etc…

Le problème, c’est que malgré tout ce que j’avais subi, je me sentais presque moins à l’aise qu’avant mon opération! Le club cumulait des arrêts maladies pour éviter de me payer, mais je m’entraînais avec le club et j’allais jouer en sélection.

« Je sors de mon silence pour expliquer ce qu’il se passe aux supporters »

– Cette saison, tu as été de nouveau blessé en début de saison et tu n’as joué aucune minute avec le Stade de Reims. Peux-tu nous expliquer ce qu’il se passe cette année? Quels sont tes sentiments à ce sujet? Es-tu en colère contre les dirigeants du club?

Cet été, cette histoire de blessure avait duré huit mois. Je me suis dit que ce n’était vraiment plus possible et que je devais m’occuper personnellement de cela, car de toute évidence, le club ne ferait rien pour moi. J’ai tout de même demandé un entrevue avec le président, mais on m’a demandé de continuer à jouer jusqu’à ce que mon genou casse.

J’avais déjà sacrifié huit mois pour eux et entendre ces mots fût très dur à accepter. Le président a refusé de me recevoir, mais heureusement l’entraineur était de mon côté et m’a dit que je ne pouvais pas rester dans cette situation, c’est à dire de jouer avec une douleur systématique au genou.

Je suis donc allé me faire opérer à ma charge, j’ai tout payé de ma poche et une semaine après mon opération, le Stade de Reims m’a coupé mon salaire. Lorsque j’appelais au club pour avoir des explications, personne ne me répondait. Les salariés du club avaient reçu des instructions de la part du président de ne pas me parler. Sur ma dernière fiche de salaire, ils m’ont décompté des choses incroyables pour récupérer le plus d’argent, comme par exemple l’hébergement à l’hôtel ou les frais pour les maillots que je n’avais jamais eu auparavant. Je comprends pas pourquoi il me fait cela…

Je suis revenu en décembre au club pour faire ma rééducation, mais ils ont refusé. J’ai été silencieux jusqu’à maintenant, mais je dois dire la vérité aux supporters notamment. Je veux leurs faire comprendre que je souhaiterais jouer, que je me bats pour cela, mais on me met des bâtons dans les roues. Il me refuse l’accès au stade d’entraînement, je ne peux plus pratiquer mon métier et ma passion normalement.

Le plus dommageable, c’est que je m’entends très bien avec tout le monde au club et je ne suis fâché avec personne. C’est juste la décision d’une seule personne au sein du club, mais c’est lui qui tire les ficelles.

– A la fin de la saison, tu arrives au terme de ton contrat avec le Stade de Reims. Quelles sont tes perspectives d’avenir pour la saison prochaine?

Honnêtement, je souhaite terminer ma rééducation tranquillement, par mes propres moyens. Je suis encore jeune et j’ai une grosse envie de gommer ces deux dernières années. Je suis assez confiant sur mes qualités et je pense ne pas avoir de problèmes à trouver un nouveau club.

– Au sein de l’effectif du Stade de Reims, quelle est le joueur qui est le plus drôle?

(Rires) Omenuke Mfulu!

– Quel est le plus râleur?

Antoine Devaux.

– Quel est celui qui devrait revoir ses tenues vestimentaires?

Grejohn Kyei.

– Quel est le joueur le plus méchant que tu as rencontré depuis le début de ta carrière?

Stéphane Ruffier.

– Quels sont tes amis dans le milieu du football?

J’en ai des tas! Josuha Guilavogui, Pierre-Emerick Aubameyang, etc…Je ne peux pas tous les citer, j’en ai trop!

– Un dernier mot pour les lecteurs du Blog de Jayjay?

Il faut faire attention dans le football. Il existe une énorme différence entre vivre le football de l’intérieur et le voir de l’extérieur.

Dés fois, les gens ne comprennent pas certaines situations dans des clubs ou certaines performances d’un joueur. Il faut se demander parfois quelles sont les raisons de tout cela. C’est un ensemble de plein de choses qui ne sont quelquefois pas directement rattachés aux terrains.

JayjayEN TETE A TETE AVEC FREDERIC BULOT

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1 comment

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  • GABY BEN - 2 octobre 2017 reply

    Fred….. même si c’est un peut tard mais ça fait du bien de te lire. Mon vœu est que tu retrouves très vite le stade. L’équipe du Gabon aussi a besoin de toi. Bonne chance champion.

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