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EN TETE A TETE AVEC DAVID BERGER

L’interview de David Berger, commentateur phare de la Ligue 1 sur Canal +, restera certainement comme l’un de mes meilleurs moments depuis la création du Blog de Jayjay.

Pouvoir m’entretenir avec un personnage si passionné, à fond dans le partage et le retranscrire à mon tour afin de le faire découvrir aux lecteurs, voici une raison pour laquelle j’ai voulu faire un Blog sur le ballon rond.

Très sympathique et d’une grande humilité, celui qui se rapproche des 1000 matchs commentés s’est livré sur son enfance, ses débuts dans le journalisme et sa vie actuelle au sein de la chaîne cryptée. Le natif de Saint-Etienne n’a pas hésité à donner aussi de succulentes anecdotes sur ses confrères, sur certains joueurs et même sur la finale de la Coupe du Monde 1998.

 Entretien avec l’un des visages attachants du journalisme sportif français pour le plus grand plaisir des lecteurs du Blog de Jayjay.

 

– Bonjour David, tu grandis à Saint-Etienne et passes ton enfance dans la Loire jusqu’à l’âge de quatorze ans. Tu vas ensuite déménager en banlieue parisienne, où tu vas commencer des études de droit. Comment s’est passé ton enfance? Etais-tu déjà un fan de sport et en pratiquais-tu un durant ta jeunesse?

Mes premiers souvenirs concernant le ballon rond sont plutôt particuliers. Etant né à Saint-Etienne en 1969 et habitant dans un immeuble, je me souviens que pendant les années 1970, lors des matchs de l’ASSE, les gens écoutaient souvent les matchs à la radio et tapaient sur leurs canalisations pour signaler que les Verts avaient marqué un but. Ça résonnait dans tout l’immeuble et tout le monde était au courant du déroulement de la rencontre! J’ai donc baigné dans le football très tôt, Saint-Etienne étant une vraie ville de foot.

A l’école primaire déjà, je jouais dans la cour avec les copains, puis il y a eu l’effervescence des images Panini à collectionner et que nous nous échangions à la récréation.

Cette passion pour le football durant ma jeunesse a débouché sur un autre plaisir que j’avais à cette époque. Je me souviens, que je jouais dans ma chambre à toute sorte de jeu de football que j’avais créée et je m’amusais à commenter les matchs comme à la radio. J’avais toute une technique essentiellement avec des dés aux couleurs des différentes équipes et je me faisais des championnats, des coupes tout en commentant les rencontres sous la forme d’un multiplex.

Je passais des heures à jouer et avec du recul, je pense que c’est depuis ma plus tendre enfance que j’ai voulu devenir commentateur sportif

Concernant la pratique, j’ai joué une année au FC Saint-Etienne, mais ce n’était pas un club qui m’a donné envie de continuer, car il n’était pas très bien organisé et je n’en garde pas un très bon souvenir. Du coup, à l’âge de dix ans, je me suis mis au tennis et je continue à y jouer encore aujourd’hui.

– Habitant à Saint-Etienne durant la période faste du football à Geoffroy-Guichard, tu as dû te rendre très tôt au stade pour encourager les Verts. Quels sont tes premiers souvenirs du Chaudron?

Je suis allé voir mon premier match à Geoffroy-Guichard en 1976. C’était la rencontre entre Saint-Etienne et le FC Metz et ça avait fait 0-0. Je n’avais que six ans et c’était l’époque des tribunes populaires avec que des places debout sans possibilité de s’asseoir

En revanche, le deuxième match auquel j’ai assisté reste un immense souvenir : l’année suivante en demi-finale de la Coupe de France contre Nantes. Au match aller, l’ASSE avait perdu 3-0 à Nantes et au retour, les verts se sont imposés 5 à 1 après prolongation. L’ambiance dans le chaudron de Geoffroy-Guichard était extraordinaire, c’est la première fois que j’ai pleuré de joie pour du football.

« Grâce aux conseils de Denis Balbir, j’ai pu concrétiser mon rêve de devenir journaliste sportif »

– Tu obtiens ton baccalauréat et pars en faculté où tu vas faire des études de droit. Puis, tu prends la voie du journalisme en rentrant à l’Institut International de la Communication de Paris où tu resteras deux ans. Pourquoi avoir choisi en premier lieu de faire du droit? Comment se sont passés ces deux ans à l’IICP?

J’étais un fan absolu de football jusqu’à l’âge de dix-sept ans et lorsque j’ai eu mon baccalauréat, mon père m’a dit que je devais me consacrer davantage aux études et moins au football.

J’ai donc lâché un peu le ballon rond et j’ai choisi d’aller en fac de droit. Franchement, c’était un choix par défaut que je regrette aujourd’hui, car le droit n’était vraiment pas fait pour moi.

Quelques années plus tôt, quand je suis arrivé sur Paris à l’âge de quinze ans, j’écoutais souvent Denis Balbir qui présentait à l’époque les flashs d’info sur la radio NRJ et à la fin de chacun de ses journaux, il parlait de football et de Saint-Etienne en particulier. Un jour, je lui ai écrit pour savoir pourquoi il terminait systématiquement ses émissions par l’AS Saint-Etienne. Il m’a répondu qu’il était fan absolu des Verts et de fil en aiguille, nous sommes devenus amis. Nous étions liés par cette passion du football et de l’AS Saint-Etienne.

Or, c’est lui qui m’a dit que j’étais fait pour être journaliste et que je devais faire une école de journalisme. J’ai choisi l’IICP où j’y ai passé deux ans pour apprendre le métier.

– A ta sortie de l’institut, tu vas enchaîner les piges durant deux années, en tant que journaliste pour Canal +, France 3 Paris et Eurosport. Que peux-tu nous dire sur ces trois expériences enrichissantes pour un jeune journaliste?

En 1993, Denis Balbir était rentré chez Canal+ et comme nous étions amis, j’allais le voir assez régulièrement là-bas. A ma sortie de l’école de journalisme, il a parlé de moi à Thierry Gilardi qui était à la tête de Jour de Foot créé un an auparavant et j’ai pu faire un premier test dans l’émission pour un résumé de la rencontre entre Auxerre et Toulouse avec une victoire cinq à un des Bourguignons. Pour la petite anecdote, ce jour-là Bruce Toussaint faisait aussi ses débuts à la télévision pour un résumé dans Jour de Foot.

Tous les lundis de chaque semaine, j’appelais Thierry pour lui demander ce qu’il avait pensé de ma prestation et suivant mes performances, il m’envoyait à Metz, à Sochaux ou alors à Marseille qui était une sorte de récompense. Je dois avouer que j’aimais bien aller à Metz tout de même, j’y allais en voiture avec un pote et après les matchs, nous faisions la fête avec Robert Pirès et Cyrille Pouget dans un restaurant de la ville.

J’ai enchaîné avec Eurosport, car c’était la même maison que Canal + et grâce au bouche à oreille j’ai pu être pigiste pour France 3 Paris où travaillait Evelyne Thomas notamment.

A cette époque-là où la vie était moins chère, en tant que pigiste tu pouvais très bien t’en sortir et j’ai beaucoup aimé cette période de jeune journaliste avec plein de nouvelles expériences enrichissantes

– C’est en 1994 que ta carrière dans le journalisme va prendre de l’ampleur. En effet, tu es recruté par la chaîne LCI-TF1 où tu deviens co-responsable du service des sports de LCI. En parallèle, tu t’occupes entre autres aussi des sujets sportifs pour les journaux de la chaîne. Que retiens-tu de cette période à LCI? Etait-ce important pour toi de te fixer dans un média à part entière?

En mai, LCI s’est montée et j’avais postulé. Ils m’ont contacté et proposé un poste de pigiste permanent où je travaillais vingt-deux jours par mois. J’en ai parlé à Thierry Gilardi pour avoir son avis, il m’a dit de foncer car j’allais y gagner en notoriété et que si jamais mon expérience n’était pas bonne, il me reprendrait à Canal +.

Je suis donc parti à LCI et tout le monde autour de moi me disait que je prenais des risques dans ma décision. J’avais envie de tenter l’aventure sur une chaîne qui se crée, je voulais faire parti d’un nouveau projet.

Ce que je retiens ce sont tout d’abord de belles rencontres. Il y avait Guillaume Durand, Yves Calvi, Christian Prudhomme, Christophe Cessieux, des personnes extraordinaires qui venaient d’horizons différents. Il faut savoir que le lancement d’une chaîne, c’est quelque chose d’exceptionnel, tout le monde est concerné et tire dans le même sens.

Je travaillais énormément, jusqu’à six sujets par jour et on m’a appris à travailler pour le grand public, moi qui étais habitué à travailler pour les fans de football. J’ai assimilé le fait de poser ma voix, d’être plus calme, de retenir l’essentiel d’une information. J’ai l’impression que deux ans et demi de LCI correspondent à dix ans chez France Télévisions.

J’ai une anecdote sur cette période qui explique pourquoi tu évolues vite en tant que journaliste dans ce type de chaîne d’information. J’étais en charge du résumé de la finale de la Coupe du Monde 1994 entre le Brésil et l’Italie. Le match s’est joué jusqu’aux tirs au but et j’avais déjà préparé mon résumé avec des images de la rencontre. Sauf que le rédacteur en chef est arrivé durant la séance de tirs au but et m’a dit que je pouvais oublier toutes les actions du match, que je devais me focaliser sur les tirs au but. Je me suis retrouvé en direct et « sans filet » dans le journal de minuit de TF1 avec juste vingt secondes de préparation et j’ai dû improviser toute ma séquence de la finale. C’est tellement formateur ces instants-là pour un journaliste.

– Tu décides de quitter le Groupe TF1 et de retourner à Canal +. Pourquoi être parti de TF1? Comment s’est passé ton passage entre les deux chaînes les plus sportives du PAF?

En 1996, Canal + décide de lancer Foot+ et de nouvelles émissions comme D2 MAX. Nous sommes quelques-uns à être appelés par Charles Biétry pour travailler sur ces nouveautés. Dans le lot, il y a entre autres Vincent Alix, Jean-Charles Sabatier et Cyril Linette.

Je n’accepte pas tout de suite et choisis d’aller voir Jean-Claude Dassier qui est le patron de LCI, pour lui parler de cette offre. Il faut savoir qu’il est un ennemi juré de Canal+ à cette époque-là. Je lui explique que je suis courtisé par Canal + et il me répond qu’il souhaiterait me garder, en vue d’intégrer TF1 d’ici un ou deux ans. Il me demande même combien je veux d’augmentation !!! Je lui demande quel serait son choix s’il était à ma place, s’il avait mon âge et là surprise : il me répond « A ta  place, je foncerais à Canal !!! » Dès lors, dans ma tête, tout était clair grâce à cette parole d’un grand monsieur

J’ai donc rejoint Canal alors que je gagnais plus d’argent sur LCI, mais c’était un rêve qui se concrétisait.

david berger ribery

– Tu arrives dans une équipe de journalistes déjà rôdée et dirigée par Charles Biétry. Comment s’est déroulée ton adaptation au sein de la chaîne cryptée? Quelles sont les personnes qui t’ont aidé à ce niveau-là? Quel était ton rôle à tes débuts sur Canal+?

Je connaissais déjà la maison pour avoir pigé pour la chaîne deux ans auparavant. Puis, nous sommes cinq journalistes de ma génération à arriver en même temps, il y a une émulation avec le développement du sportif et la multiplication des matchs en direct sur les antennes du groupe Canal +.

Nous sommes tout de suite lancés dans le grand bain. Entre Jour de Foot, Foot +, D2MAX, nous nous retrouvions à commenter des matchs, présenter des émissions. L’alchimie entre les anciens et les nouveaux se passaient très bien avec une concurrence très saine entre nous.

« A la fin de France-Brésil en 1998, Leonardo m’a pleuré dans les bras! »

– Deux ans après ton arrivée sur la chaîne, tu vas faire parti des commentateurs pour la Coupe du Monde 1998 en France. Toi qui as vécu ce moment au cœur de l’événement, quels souvenirs gardes-tu de cette épreuve si mythique pour le peuple français?

J’en garde deux moments exceptionnels.

Le premier c’est la veille de la finale France-Brésil. Je suis envoyé au camp de base du Brésil. L’accès est réglementé et tandis que mes confrères des autres médias ont réussi à obtenir des informations, je n’ai rien. Thierry Gilardi me dit : « Si tu n’as rien, ce n’est pas la peine de revenir à Canal + ». Je vois le chef de presse du Brésil que je connais bien et je lui dis qu’il faut qu’il m’aide. Il est vingt et une heure et j’entends quelqu’un qui m’appelle devant l’immeuble des Brésiliens, c’était Leonardo. Il faut savoir qu’il ne parlait à personne depuis trois semaines, même pas aux télévisions brésiliennes. Il vient à ma rencontre, devant la grille et me propose de répondre à une interview exclusive. Il me raconte plein d’anecdotes sur leur préparation avant la finale, comme quoi ils sont sûrs d’eux, qu’ils n’ont même pas eu besoin de regarder des vidéos de la France, qu’ils vont être Champions du Monde. J’envoie l’entretien à Canal + où les dirigeants étaient ravis d’avoir cette exclusivité.

Le deuxième moment se situe le soir de la finale. Je suis en tribune de presse au Stade de France, mais je ne travaille pas ce jour-là, j’y suis en simple spectateur et supporter. A la fin du match, je descends aux vestiaires et je touche la Coupe du Monde. Je croise Leonardo qui me tombe dans les bras en pleurant et je suis donc en train de le réconforter, quand tous les joueurs de l’Equipe de France passent devant moi, me signent des autographes sur mon maillot des Bleus que je portais pour l’occasion et Aimé Jacquet vient me serrer la main. Après cela, je vais sur le terrain, à l’endroit où Zizou a placé ses deux coups de tête vainqueurs. Je suis sorti de là avec des étoiles plein les yeux. Un moment magique.

– En ce qui concerne la Coupe du Monde, tu vas être sollicité pour commenter la finale de 2006 opposant la France à l’Italie. Une finale légendaire qui verra la France s’incliner aux tirs au but. Qu’as-tu ressenti à l’annonce de ta participation à cette finale en tant que commentateur? A ce jour, ce match est-il le pire souvenir sportif de ta carrière de journaliste?

Ce n’est pas le pire souvenir de ma carrière, même si je ne l’ai pas bien vécu. J’ai su cinq jours avant que j’allais commenter la finale sur Canal + et pour être honnête je ne pensais pas avoir ce plaisir. J’avais même prévu de partir en vacances en Turquie le samedi et la finale avait lieu le dimanche. J’ai donc appelé la compagnie aérienne pour changer l’horaire de départ, j’ai même trouvé un billet pour partir de Berlin le dimanche soir à trois heures du matin, juste après la finale. Je pars donc commenter cet évènement mondial avec mes deux grosses valises de futur vacancier sous les bras.

J’essaie de savourer, car c’est un moment unique que je vis à commenter cette finale en compagnie d’Aimé Jacquet, mais cela reste une mission difficile. En effet, tu ne peux pas t’empêcher d’être supporter et de te demander si les Bleus vont gagner. La France marque très vite, puis après c’est une finale que je ne vis pas très bien. Je ne vois le coup de tête de Zidane sur Materazzi qu’au ralenti et avec Aimé Jacquet, nous restons sans voix, nous sommes sonnés.

Par la suite, comme tous les joueurs clés de l’Equipe de France avaient connu leurs moments de gloire durant la compétition, je pensais que Fabien Barthez allait nous faire gagner durant la séance de tirs au but. Malheureusement, ce ne fût pas le cas et cela reste un épouvantable souvenir de voir les Italiens devenir champion du monde, de se dire que c’est le dernier match de Zidane avec le maillot bleu.

Pour la petite anecdote, le match s’est terminé assez tard et j’avais mon avion à prendre à trois heures du matin. Il est donc 23h30 et je ne trouve aucun taxi durant une heure. Je tends des billets de vingt euros aux voitures afin qu’elle me mène jusqu’à l’aéroport, personne ne s’arrête. Je me dis que je viens de vivre une terrible défaite de la France et qu’en plus je suis en train de foirer mes vacances (Rires). Finalement, j’ai réussi à prendre un taxi in extremis et à partir en vacances.

– Tu es depuis plusieurs années l’un des personnages phares de Canal + que ça soit en tant que commentateur ou présentateur. Quels sont les secrets pour durer dans ce métier? Quelles sont les principales difficultés du métier de commentateur?

Le plus difficile dans ce métier est de durer. Je pense que tu ne peux pas faire ce métier si tu n’es pas passionné de football et si tu n’es pas curieux. Il faut avoir le réflexe le matin par exemple, d’écouter les informations, de se tenir au courant de l’actualité.

Pour mon cas personnel, je n’étais pas fait pour avoir une carrière en dents de scie. Je ne me voyais pas être à fond sous le feu des projecteurs et après cela me retrouver dans le creux de la vague. Je suis très fier d’être montré crescendo et qu’on dise de moi aujourd’hui que je suis une valeur sûre. Malheureusement, je n’ai jamais été le numéro un de la chaîne et à chaque fois cela m’est passé sous le nez, notamment lorsqu’il fût question de moi pour présenter J+1, Jour de Foot ou Les Spécialistes. Je ne connais pas les raisons, mais c’est peut-être de ma faute. Est-ce que je n’ai pas assez fait de lobbying ? Aurais-je dû taper du poing sur la table quand c’était le moment et me montrer plus pressant dans mes demandes ?

En même temps, je suis très heureux. Cela fait vingt ans que je fais ce métier et je suis toujours à l’antenne pour commenter des matchs sur Canal+. J’ai coutume de dire que le plus important ce n’est pas nous, c’est le match, c’est pourquoi je ne me mets jamais sur le devant de la scène. C’est mon caractère et je pense que j’ai de la crédibilité dans mon travail, ce qui est le plus important.

« J’ai pris énormément de plaisir en étant en binôme avec Olivier Rouyer »

– Il y a une particularité à Canal +, c’est que les duos commentateur-consultant ne sont pas fixes. Il t’arrive donc de travailler avec Eric Carriére, Franck Sauzée ou Habib Beye par exemple. N’est-ce pas trop difficile, notamment au niveau des automatismes, de changer systématiquement de collaborateurs?

Il faut savoir qu’à une époque j’ai fait énormément de matchs en duo avec Olivier Rouyer. Nous nous connaissions par cœur et c’est sans doute le binôme avec lequel j’ai pris le plus de plaisir.

L’avantage de changer de duo c’est qu’on se remet en question systématiquement et plus facilement. C’est vrai que c’est plus simple de travailler avec le même consultant, mais on prend de mauvaises habitudes.

Comme dans tout travail, tu ne peux pas t’entendre avec tout le monde. Forcément, j’ai plus d’affinités avec certains consultants et le meilleur exemple est Franck Sauzée. Au début, ce n’était pas facile et maintenant nous nous connaissons par cœur. Personnellement, cela ne me gêne pas de travailler avec différents collaborateurs et le plus beau compliment qu’un consultant puisse me faire c’est de me dire qu’avec moi, il se sent en confiance.

– En 2010, tu vas écrire la biographie de Steve Savidan intitulé « Une balle en plein cœur ». Quelles sont les raisons qui t’ont poussé à accepter de rédiger ce livre? A l’avenir, l’écriture pourrait-elle faire partie de tes activités professionnelles?

J’ai toujours eu envie d’écrire. Pas spécialement dans le football, mais j’ai écrit des nouvelles et un roman que je n’ai jamais publié, c’est quelque chose que j’aime profondément.

J’ai connu Steve Savidan lorsqu’il était à Châteauroux en Ligue 2 et un jour il m’a appelé en me disant : « Je suis à Valenciennes en National ». Puis, il m’a appelé pour me dire : « T’as vu, je suis meilleur buteur de National ». Au fur et à mesure qu’il m’appelait chaque année, il montait crescendo dans la hiérarchie des attaquants français. Jusqu’au jour où il m’appelle et me dit : « Je suis à Clairefontaine dans ma chambre avec Franck Ribéry ». Alors je lui ai dit que si nous devions nous remémorer tous nos échanges, il fallait que j’écrive son histoire dans un livre tant sa vie était extraordinaire.

Il a accepté et on a échangé durant plus de trente heures sur toute sa vie. Au bout de vingt-deux heures d’entretien, Steve m’a appelé pour me dire que, suite à un problème de santé décelé lors de la visite médicale à l’AS Monaco, il arrêtait le football. J’ai alors appelé l’éditeur du livre qui a dit que je devais modifier le titre du bouquin. C’est là que nous avons eu l’idée de l’intituler « Une balle en plein cœur ». Ecrire un livre était pour moi une sorte de rêve qui se réalisait.

« Il faut que certains clubs de Ligue 1 sortent de l’amateurisme »

– Cette année, le football français est en verve avec les deux clubs qualifiés en demi-finale de Coupe d’Europe et la lutte en tête de la Ligue 1 entre l’AS Monaco et le Paris Saint-Germain. Après des années de disette, penses-tu que le football hexagonal peut s’installer sur le devant de la scène européenne d’ici quelques années? Selon toi, que faudrait-il encore améliorer pour être au sommet de l’Europe?

Aujourd’hui, le football de très haut niveau passe obligatoirement par des investisseurs qui mettent beaucoup d’argent dans les clubs. Nous nous orientons vers ce type de profil avec Marseille, Lille, Lyon, Paris, Monaco, mais c’est nécessaire afin de garder nos jeunes joueurs les plus talentueux.

Selon moi, nous manquons cruellement de talent offensif surtout dans les équipes du bas de tableau. Quand on voit que Dijon a failli battre Monaco, mais n’a pas su concrétiser une quinzaine de tirs, ce n’est pas anecdotique. Seulement, il faut des moyens, car le talent s’achète très cher aujourd’hui.

Cette année, les résultats en Coupe d’Europe sont exceptionnels et cela prouve qu’on peut concurrencer les Allemands les Anglais et les Italiens. La France restera une nation qui attirera les grands footballeurs, même si la donne a changé depuis vingt ans.

Pour progresser, tout n’est pas non plus une question d’argent. En Angleterre, les clubs ont jusqu’à six préparateurs physiques. Ils possèdent des salles avec la possibilité de s’entraîner comme s’ils étaient en altitude, ils ont des moyens de préparation qui sont hors-norme. En France, hormis quatre ou cinq clubs, les autres n’ont pas encore assimilé tout cela. Parfois, nous sommes plus proches de l’amateurisme que du monde professionnel dans certains clubs de Ligue 1.

Il faut faire des progrès aussi dans la nutrition. Par exemple, pour Pep Guardiola, il est inconcevable qu’un joueur professionnel mange une pizza. En France, pour fêter une victoire dans certaines équipes, c’est une récompense et presque une tradition de se faire livrer des pizzas après un match gagné

Idem au niveau de l’entretien des pelouses qui n’est pas au niveau, voire indigne du football de haut niveau

Il faut franchir ce palier entre ce football où on se fait plaisir et la rigueur que l’on peut retrouver dans les clubs du top niveau européen.

– Quels sont tes trois meilleurs souvenirs de ta carrière de journaliste?

Forcément les deux Coupes du Monde 1998 et 2006 que j’ai évoquées plus haut dans l’entretien.

Je suis obligé d’évoquer aussi l’immense souvenir de la soirée où France Football a convié tous les Ballons d’Or de l’Histoire. J’étais présent et je me souviens d’être allé les voir, tous, un par un pour leur demander des autographes.

J’étais assis à côté d’un gars qui était seul et je discute avec lui. Il se trouve que c’était le Danois Allan Simonsen, Ballon d’Or en 1977. Personne ne le reconnaissait et je me disais que j’étais quand même en train de parler avec un Ballon d’Or. C’était un souvenir exceptionnel!

Je rajouterais que j’ai eu la chance d’avoir pu être sur place pour commenter en 1999/2000 deux rencontres entre l’Argentine et le Brésil en match aller-retour. Le match aller se jouait au Monumental, le stade de River Plate et l’Argentine avait gagné 2 à 0. Au retour, à Porto Alegre le club de Ronaldinho, le Brésil l’avait emporté 4 à 2

C’est un souvenir énorme…une ambiance extraordinaire dans des stades mythiques d’Amérique du Sud.

– Quels sont tes meilleurs amis dans le milieu du journalisme? Peux-tu nous raconter une ou deux anecdotes de plateau rigolotes?

Je suis très proche de Sébastien Dupuis qui travaille à Canal + et de Grégoire Margotton qui est pour moi le numéro un. Alexandre Ruiz de chez BeIN SPORT fait aussi partie des personnes que je côtoie fréquemment.

Je garde en mémoire des gens comme Charles Biétry, Michel Denisot et Alexandre Bompard qui ont été des patrons extraordinaires.

Je retiens les fous rires avec Olivier Rouyer à l’antenne parce qu’il avait fait un lapsus sur un nom de joueur. Par le passé, j’ai également beaucoup apprécié les troisièmes mi-temps après les soirs de match. Il y avait toute l’équipe technique; aujourd’hui, au vue de la charge de travail demandée les lendemains de rencontres de Ligue 1, on ne peut plus se le permettre.

david berger alexandre ruiz

– Peux-tu nous citer l’un de tes pires souvenirs à la télévision?

Je pense que c’est quand Alexandre Ruiz a eu son accident de voiture. Le jour même, je commentais un match au Parc des Princes. A la fin de la rencontre j’ai voulu lui adresser un message, j’ai fini extrêmement ému, au bord des larmes, la gorge nouée. A ce moment-là, nous ne savions pas s’il allait survivre à cette terrible tragédie et j’ai dû faire abstraction aux liens qui m’unissaient à lui durant toute la rencontre; j’ai terminé très difficilement le match.

– Tu as côtoyé de nombreux footballeurs durant ta carrière. Quels sont les joueurs avec qui tu entretiens les meilleures relations? Lesquels sont devenus tes amis? A l’inverse, as-tu déjà eu des conflits avec certains d’entre eux?

Evidemment, même si nous nous voyons quasiment plus, je parlerais de Steve Savidan avec qui j’ai concrétisé un projet. Bien sûr, il y a tous les consultants qui sont des anciens joueurs et avec qui je suis devenu ami. En parlant de ça, j’ai une petite anecdote! Je ne me souviens plus de l’année…mais un premier janvier à huit heures du matin, je reçois un texto d’Aimé Jacquet pour me souhaiter une bonne année! C’était une immense fierté! Dieu (c’est comme cela que je l’appelle) m’avait envoyé un texto! Cela prouve qu’il peut y avoir de l’amitié entre nous.

Guy Lacombe aussi a été très proche de moi et je l’apprécie énormément. Je garde d’excellentes relations avec des joueurs trentenaires et qui ont débuté avec moi. Je pense à Sylvain Armand, Jocelyn Gourvennec, Olivier Pickeu, Albert Cartier, nous avons une confiance mutuelle. J’ai une grande fierté d’entretenir une complicité avec Vincent Koziello qui est un garçon très ouvert et très gentil au même titre que Kylian Mbappé.

Je suis tellement déçu et triste que certains jeunes joueurs passent devant moi avec leur casque sans me parler, ni même me saluer.

J’ai eu deux petits conflits dans ma carrière. Le premier avec Jocelyn Blanchard à l’époque où il jouait à Lens. Il m’avait appelé parce que je l’avais critiqué sur un match. Je lui avais répondu que toutes les fois où j’avais dit du bien de lui, il ne m’avait pas téléphoné et que je ne comprenais pas pourquoi il s’était énervé.

La deuxième petite histoire était avec Jocelyn Gourvennec  lorsqu’il entraînait Guingamp. J’ai eu une information par son staff technique sur la hiérarchie des gardiens au sein du club. Or, à l’antenne, j’ai commis l’erreur de dire que c’était Gourvennec qui m’avait dit cela. Il m’a appelé pour me faire la réflexion et je lui ai répondu qu’il avait raison de me le reprocher.

– Qu’aimes-tu faire en-dehors de ton travail? Hormis le football, as-tu des passions?

 J’ai la chance d’être devenu papa sur le tard. J’ai quarante-sept ans et mon fils a quatre ans et demi. Cela a changé ma vie et je suis dingue de lui. J’essaie donc d’en profiter à chaque instant dès que je ne suis plus au travail.

J’ai énormément de projets. J’ai monté un site internet de pronostic privé où se réunissent six-cent cinquante personnes pour pronostiquer. Grâce à ce site, j’organise d’immenses quizz depuis quinze ans avec deux cents personnes que j’invite. Dans la même lignée, je fais des blind-test musicaux géants avec jusqu’à cent cinquante personnes

Mon grand rêve qui est en passe de se réaliser, c’est la création d’un jeu de société inspiré justement de mes différentes soirées.

– Un dernier mot pour les lecteurs du Blog de Jayjay?

Continuez à vivre pleinement votre passion. J’ai envie de remercier ceux qui ont Canal +, car sans eux, je n’existerais pas.

Cependant, il ne faut pas oublier que nous sommes unis par la même passion et notre métier n’est pas facile. Je trouve qu’il y a beaucoup de virulences sur les réseaux sociaux à notre égard, mais il ne faut pas oublier que ce n’est que du football et que nous ne sommes pas des machines. Vive le football!

JayjayEN TETE A TETE AVEC DAVID BERGER

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