My Blog

EN TETE A TETE AVEC JOSE PASQUALETTI

C’est une interview particulière pour moi que j’ai réalisé avec José Pasqualetti. En effet, comme beaucoup d’enfants de dix ans, j’allais au stade voir les matchs avec mon père.

Or, à l’époque, c’est José Pasqualetti qui entraînait l’Olympique d’Alès en Cévennes, le club de ma ville. Tous ses souvenirs qu’il a partagés avec moi, m’ont provoqué des émotions particulières et ce fût un grand plaisir d’interroger cet homme si généreux avec qui j’ai passé un agréable moment.

Très disponible et extrêmement gentil, le Corse s’est livré sur sa belle carrière d’entraîneur et sur les joueurs qu’il a côtoyés, pour le plus grand bonheur des lecteurs du Blog de Jayjay.

  • Sur sa carrière d’entraîneur :

– Deux ans après avoir fini ta carrière de joueur à l’Olympique d’Alès en Cévennes, tu prends les commandes de l’équipe première qui évolue en Ligue 2. Comment s’est effectuée cette prise de fonction? N’était-ce pas trop difficile d’entraîner des anciens coéquipiers?

Cette transition est allée vite. Quand j’ai arrêté ma carrière de joueur, je suis devenu directeur sportif du club alésien et les choses se sont accélérées lorsque Pierre Barlaguet, responsable des jeunes et de l’équipe réserve est parti à Nîmes en cours de saison.

Le football et le terrain étaient ma vie, j’ai donc décidé de prendre les rênes de l’équipe réserve jusqu’à la fin de la saison et en parallèle de passer mes diplômes d’entraîneur. Puis, la même chose s’est passée avec Léonce Lavagne, l’entraîneur de l’équipe première de l’OAC. Il est parti à Nîmes et après une rencontre avec le président René Diaz, je suis devenu le coach de l’OAC qui évoluait en Division 2.

Les joueurs me connaissaient bien et ils savaient quelles allaient être mes exigences, donc cela s’est très bien passé avec eux.

– Tu as entraîné Alès durant cinq saisons. Les trois premières années, tu as systématiquement finis à la dixième place du championnat. Malheureusement, la saison suivante, l’OAC va se classer à la dernière place de Division 2 et descendre en National. Quels sont tes meilleurs souvenirs à Alès? Que peux-tu nous dire sur cette rétrogradation?

Ce que je retiendrais d’Alès, ce sont les moments de vie, les rencontres de gens comme Léonce Lavagne, Bernard Gauthier, Régis Alméras, Jean-François Chapellier, nous étions un club familial où nous prenions du plaisir à être ensemble et nous essayions de le faire ressentir à notre public.

C’est aussi pour cela que je suis revenu m’installer ici aujourd’hui, hormis pour m’occuper de mes petits-enfants, je me sens très bien sur les bords du Gardon.

Lors de cette dernière saison, j’ai arrêté en cours de route pour des raisons personnelles, j’étais usé. Entraîner l’OAC était difficile d’un point de vue sportif.  Chaque année nous vendions nos meilleurs joueurs pour des raisons financières évidentes. Je perdais systématiquement des joueurs importants : Sabri Lamouchi, Cédric Barbosa, heureusement nous avions un partenariat avec le Montpellier HSC qui nous permettait d’avoir des joueurs en prêt intéressants comme Laurent Vacher, Alain Bonnafous, Jérôme Palatsi et j’en oublie…

Le problème d’avoir des joueurs prêtés c’est que d’une année sur l’autre, tu dois modifier ta formation et tu n’intègres pas d’automatismes de jeu. Nous savions qu’avec les moyens mis en place et notre budget, la mission de rester en Division 2 serait difficile. Bien sur, en tant qu’entraîneur, j’avais aussi ma part de responsabilités dans cette descente.

Pasqualetti entree

– A la fin de ces cinq années du côté du stade Pierre Pibarot, tu vas rejoindre le SC Bastia. Quel était ton rôle au sein du club? A ce moment-là, avais-tu ressenti le besoin de revenir dans ta Corse natale?

Cette arrivée en Corse fût une surprise. J’ai pas mal galéré entre ma fin de mission à l’OAC et mon arrivé à Bastia en 1998. Durant deux ans, j’ai été au chômage et j’ai vécu des moments difficiles.

Un jour, je rentre à mon domicile et sur mon répondeur, j’avais un message d’un dirigeant de Bastia qui me disait qu’Henri Kasperczak, l’entraîneur des Corses en Division 1, était remplacé par Laurent Fournier qui ne possédait pas les diplômes d’entraineur requis pour exercer. Il me proposait d’être prête-nom pour qu’il puisse s’assoir sur le banc su Sporting. J’ai donc sauté sur l’opportunité et c’est pour cela que j’ai rejoint la Corse.

Mon rôle était de donner mon avis lorsque Laurent en avait besoin et de faire des rapports sur nos matchs à domicile ou à l’extérieur.

« Etre à la tête du SC Bastia, mon club de cœur, était une immense fierté »

– Lors de la saison 1998/99, tu vas diriger durant les cinq dernières journées, l’équipe première qui évolue en Division 1 pour essayer de les maintenir. Comment s’est passé cet intérim? Qu’as-tu ressenti au moment d’entrer sur la pelouse de Furiani?

J’ai commencé à jouer au SCB en catégorie minimes et c’est sur qu’être à la tête de mon club de cœur était une immense fierté. J’avais beaucoup de pression car je devais éviter la relégation à cinq journées de la fin du championnat, mais j’avais un effectif extraordinaire qui savait ce que les supporters attendaient d’un joueur lorsqu’il porte ce maillot.

Nous avions réussi à nous maintenir et ce fût un grand bonheur pour moi d’avoir accompli ma mission.

– Malgré l’objectif du maintien assuré, tu n’es pas maintenu à la tête de l’équipe première et tu vas diriger durant trois ans, l’équipe réserve du SC Bastia. N’est-ce pas frustrant de ne pas avoir été reconduit en tant qu’entraîneur principal par tes dirigeants? Que peux-tu nous dire sur ces trois années en Corse?

Il était prévu que Frédéric Antonetti revienne du Japon pour devenir l’entraîneur du SCB donc je m’en doutais. Après, c’est sur que c’était frustrant car j’avais mené à bien le challenge du maintien, mais ce ne fût pas une grosse déception dans la mesure où Antonetti avait beaucoup plus d’expérience que moi sur un banc. Ça aurait été un autre entraîneur, je l’aurais peut-être mal pris, mais comme c’était lui cela ne m’a pas dérangé et j’ai trouvé cela normal.

Lorsque Frédéric Antonetti est arrivé, je suis passé directeur du centre de formation et responsable de l’équipe de CFA 2 du club corse. Puis, au bout de deux ans, Gérard Gili a pris les commandes de l’équipe première et je suis devenu son adjoint en compagnie de Christophe Galtier.

« Travailler avec Rolland Courbis fût une expérience extraordinaire »

– Après une pige à l’EF Bastia, tu rejoins le voisin corse l’AC Ajaccio qui évolue en Ligue 1, en tant qu’entraîneur-adjoint de Rolland Courbis. En milieu de saison, Courbis est viré et tu deviens l’entraîneur principal de l’équipe. Comment s’est passée ta collaboration avec Rolland Courbis? Peux-tu nous parler de cette expérience à Ajaccio?

Après Bastia, je me suis retrouvé au chômage et j’ai donné un coup de main à Vincent Lazzeri le président de l’EF Bastia, ce qui me permettait d’avoir une activité sur un banc.

Un jour, je vois dans le journal que Rolland Courbis a signé à Ajaccio et que les dirigeants cherchent un DEPF pour le couvrir. Deux jours avant, j’avais croisé Olivier Pantaloni qui était le responsable de l’équipe réserve de l’ACA pour faire un match amical face à l’EF Bastia. J’ai donc appelé Olivier pour lui faire part de ma disponibilité et quelques jours plus tard le regretté Michel Moretti m’a téléphoné pour m’informer que Rolland m’avait choisi pour être son adjoint.

Ce fût une année difficile sur le plan sportif, car on se sauve de justesse, mais très enrichissante d’un point de vue personnel. Côtoyer Rolland au quotidien est quelque chose d’exceptionnel, c’est un personnage et un grand meneur d’hommes. Tu t’assois à table avec lui pour boire du Perrier et il arrive à te faire croire que c’est du Dom Perignon! (Rires). J’entretiens toujours une excellente relation avec lui, même si c’est un garçon très occupé.

– Tu quittes l’Île de Beauté pour devenir entraîneur-adjoint au CS Sedan Ardennes qui évolue en Ligue 2. A la suite du limogeage de Serge Romano, tu es intronisé entraineur principal. Tu réalises un superbe parcours en Coupe de France, mais n’accroches pas le wagon d’une montée en Ligue 1. Que peux-tu nous dire sur cette belle saison?

J’ai vécu deux superbes années sur le plan humain. C’est vrai que Sedan, c’est le bout du monde, il fait froid, c’est une région pauvre, mais quand on gratte, on ressent chez les habitants de cette région beaucoup de ferveur pour le CSSA. Ils ont un cœur énorme et les joueurs le ressentaient sur le terrain.

Là-bas, j’ai travaillé avec deux personnes adorables : Serge Marchetti, qui était le directeur général du CSSA et Pascal Urano, le président, qui m’ont permis de diriger une équipe comme je le souhaitais.

Nous avons fait un quart de finale de Coupe de France et nous finissons à la quatrième place du championnat, ce qui ne nous permet pas d’accéder à la Ligue 1. J’ai reçu une offre de prolongation et j’étais prêt à continuer, mais malheureusement ma femme était restée dans le sud pour des problèmes familiaux et j’avais besoin de retrouver mon équilibre avec ma famille.

Pour l’anecdote, Urano m’a rappelé deux ans plus tard pour me convaincre de revenir entraîner Sedan!

– Après un retour à l’AC Ajaccio, tu vas tenter de sauver le FC Istres de la relégation en National. Sous ta houlette, le club parvient à se maintenir en Ligue 2 et tu vas rester en poste durant quatre ans du côté du Stade Parsemain. Après de bons résultats durant deux saisons,  tu es remercié par les dirigeants, la saison suivante. Que retiens-tu de ton passage au FC Istres? Peux-tu nous parler de ton éviction du club?

Je pense que ce sont mes meilleures années en tant qu’entraîneur à tous les points de vue. Paradoxalement, ce club restera une énigme pour moi. Par exemple, nous jouions dans un stade vide. Ce n’est pas facile de conditionner les joueurs à se transcender pour le public, car il n’y en a pas.

J’ai tout de même passé quatre années exceptionnelles avec un staff que je ne connaissais pas, le préparateur physique Richard Goyet et Nicolas Usaï l’entraîneur-adjoint. Durant quatre ans, je me suis fait plaisir. Nous avions une qualité de jeu remarquable et c’était le pied d’entraîner une équipe comme celle-là. Hormis le public, l’autre point noir c’était le manque de moyen et la volonté des actionnaires de vendre nos meilleurs joueurs au lieu d’investir.

Ils m’ont viré à huit journées de la fin, alors que nous n’étions pas relégables et ils sont allés tout droit au purgatoire.

José Pasqualetti Istres

« Mon passage au Nîmes Olympique ne restera pas dans ma mémoire »

– En 2014/2015, tu vas diriger l’équipe première du Nîmes Olympique qui évolue en Ligue 2. La première année, l’équipe va se classer dans le ventre mou du championnat et la saison suivante, après un départ poussif en Ligue 2, tu décides de démissionner pour des raisons inexpliquées. Que s’est-il passé exactement? Que retiendras-tu de ton passage au Stade des Costières?

J’ai pas forcément envie de trop m’étendre sur mon passage au Nîmes Olympique. La première année fût difficile avec toutes les affaires autour du club et du président (affaires des matchs truqués). Les joueurs étaient entendus par la justice en début de saison, ce qui va plomber un peu notre première partie de championnat.

Nîmes ne restera pas gravé dans ma mémoire, comme je pense, je ne resterais pas dans les annales des supporters du club. J’accorde beaucoup d’importance à la loyauté et l’honnêteté et je pense que dans ce club, il y a certaines personnes qui ne connaissent pas ces mots. Du moment où lorsque je me levais le matin, je n’avais pas envie d’aller aux entraînements pour ne pas croiser ces gens-là, j’ai préféré démissionner.

Je n’avais aucun problème avec les joueurs. J’étais heureux qu’ils se soient maintenus et cela ne m’a pas du tout surpris. Quelque-part, en quittant le club j’ai rendu service au Nîmes Olympique, car si j’étais resté à la tête du club, nous serions descendus vu mon degré de motivation.

– Après ton départ du NO la saison dernière, tu n’as plus retrouvé de club. Est-ce un souhait de ta part de prendre du recul sur le monde du football ou tu n’as pas eu d’offres satisfaisantes? A 60 ans, as-tu encore envie d’être dans le milieu du football?

J’ai eu des propositions, mais pas forcément en accord avec mes attentes. Le monde du football a changé depuis quelques années, il y a beaucoup d’argent et tout le monde veut sa part du gâteau. C’est difficile d’avoir des valeurs et de les garder dans ce milieu, j’aimerais travailler avec des gens qui pensent comme moi.

– Tu as souvent été appelé pour jouer les pompiers de service et essayer de maintenir un club. Tu n’as jamais vraiment eu une chance sur du long terme à la tête d’une équipe. Selon toi, à quoi cela est dû? As-tu des regrets par rapport à cela?

J’ai le sentiment d’avoir accompli ce que je voulais dans le football, mon plus grand souhait était de devenir footballeur professionnel, je l’ai été. Etre entraîneur m’a permis de prolonger cette passion du ballon rond.

Je n’ai pas de regret. Je ne suis pas riche, je ne suis pas pauvre, je suis bien dans ma tête et dans ma vie. C’est le principal!

  • Sur les joueurs qu’il a connus :

– Quel sont les meilleurs joueurs que tu as entraînés?

C’est difficile parce qu’il y en a beaucoup, mais au niveau des joueurs qui m’ont marqué, je peux citer Nassim Akrour que j’ai entraîné à Istres. Il commençait à courir le matin et il s’arrêtait le soir (Rires). Un grand professionnel!

A Sedan, David Ducourtioux et Grégory Pujol étaient de très bons éléments. Pierre-Yves André à Bastia aussi.

A Nîmes, Toifilou Maoulida, malgré ce que l’on peut dire sur lui, il met des buts et c’est un grand joueur. Très réaliste devant les barres.

J’ai eu aussi des jeunes qui avaient du potentiel : Sabri Lamouchi à Alès, Paul Baysse aussi, on l’avait fait venir à Sedan en provenance de Bordeaux.

– Avec quels joueurs as-tu eu une gueulante mémorable?

Il y en a eu! (Rires). J’étais assez exigeant envers mes joueurs et parfois c’était chaud avec eux. Au début de ma carrière à Alès, j’ai eu des accrochages avec Franck Moulin et Victor Pérez qui débutaient eux aussi. Le but étant de montrer les erreurs qu’ils pouvaient faire et qu’ils ne devaient pas reproduire.

– Quel est le joueur le plus dur sur l’homme que tu as entraîné?

En entraînant Bastia, j’ai eu de quoi faire (Rires). Frédéric Mendy, Sébastien Pérez, Patrick Valéry. A Alès, j’avais Sébastien Soulas et David Giraudo qui n’étaient pas mal dans ce domaine aussi! (Rires).

– Quel est le joueur qui était ton chouchou?

J’ai souvent protégé les vrais footballeurs (Rires). Quand je dis cela, je parle de ceux qui avaient un petit plus, une vision ou une technique différente.

Lorsqu’ils en faisaient moins aux entraînements, j’en tenais pas rigueur, car je savais que le jour du match, ils pouvaient me faire gagner la rencontre. Il fallait faire comprendre aux autres joueurs, que c’était normal et que ces joueurs « spéciaux » nous apportaient ce petit plus.

Je pense à Jérôme Leroy que j’ai eu à Istres. A l’âge qu’il avait, je le préservais sur certaines séances, car il avait une technique qui faisait la différence le week-end.

« Le joueur le plus malin? Toifilou Maoulida, il porte bien son nom! »

– Quel est le joueur le plus malin que tu as entraîné?

L’un des plus malins, c’était Toifilou Maoulida qui porte bien son nom (Rires). Il demandait une petite journée pour aller voir son ostéopathe à Bastia, etc… Le principal était qu’il répondait présent le jour du match et c’est le plus important.

– Quel est le joueur que tu as entraîné qui est passé à côté d’une très grande carrière?

Christophe Marcialis lorsque j’entraînais l’Olympique d’Alès en Cévennes. Il venait de Montpellier et il était doué, mais il n’a pas compris ce qu’était le haut-niveau. Il était jeune et très attachant, cependant il n’a pas eu l’investissement qu’il aurait dû avoir pour faire une belle carrière.

A titre de comparaison, lorsque j’entraînais Istres, j’avais sous mes ordres le petit Nicolas De Preville. Je me prenais souvent la tête avec lui, car il était très talentueux, mais c’était un fainéant sur le terrain. Il se satisfaisait du minimum et j’ai dit au président de l’époque qu’on devait le prêter pour qu’il s’aguerrisse ailleurs. En plus, j’avais un système de jeu à un attaquant et c’était Nassim Akrour qui évoluait à ce poste.

Le président n’avait pas voulu le prêter, mais j’avais eu une discussion avec Nicolas en fin de saison et lorsque la saison suivante a repris, j’ai retrouvé un joueur totalement investi sur le terrain. Il avait pris conscience de ce qu’il devait entreprendre pour devenir un grand joueur et c’est cette année-là qu’il a explosé.

Des exemples comme lui, il n’y en a pas beaucoup. C’est difficile pour un jeune joueur de changer sa mentalité, Nicolas a réussi et j’en suis très heureux pour lui.

– Un dernier mot pour les lecteurs de mon Blog?

Le football reste une passion et à travers les réseaux sociaux, il y a un climat malsain qui gangrène notre sport. Nous pourrons pas nous en sortir de cette façon. Il faut apprendre à être tolérant et comprendre que cela reste un jeu.

JayjayEN TETE A TETE AVEC JOSE PASQUALETTI

Related Posts

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *