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EN TETE A TETE AVEC DOMINIQUE GRIMAULT

C’est avec l’un des plus célèbres et réputés journalistes sportifs français, que j’ai eu le plaisir de m’entretenir. Très disponible et ravi de pouvoir revenir sur sa belle carrière, Dominique Grimault m’a semblé totalement épanoui et heureux. A soixante-neuf ans, il souhaite désormais laisser la place aux plus jeunes, même s’il reste toujours proche du milieu du journalisme sportif. Une discussion enrichissante et sympathique, avec l’un des pionniers des débats sportifs entre journalistes à la télévision, pour le plus grand plaisir des lecteurs du Blog de Jayjay.

 – Bonjour Dominique, né en région parisienne, tu passes ton enfance en Ile-de-France. Quels ont été les événements de ta jeunesse qui t’ont amené cette passion pour le sport?

J’ai été immédiatement attiré par le football. Mon père m’emmenait voir les matchs et la première rencontre que j’ai vue était la finale de la Coupe des Clubs Champions Européens entre Reims et le Real Madrid en 1956 au Parc des Princes, j’avais huit ans. Ce jour-là, je suis tombé amoureux du Stade de Reims.

C’est vraiment à partir de la Coupe du Monde 1958 en Suède, que je me suis passionné pour le football. Mes parents avaient acheté une télévision pour l’occasion et j’ai donc suivi la compétition, avec notamment la demi-finale France-Brésil avec les trois buts de Pelé.

Tout mon amour pour le football vient de cette époque.

– A l’époque, quels sont les sports que tu pratiquais? 

Nous habitions sur les bords de la Marne, à proximité de Paris. Mon père m’a presque obligé à monter sur un bateau dans le but d’avoir une activité sportive. C’est comme cela que j’ai connu l’aviron. Je deviens champion de France junior de la discipline, j’intègre l’équipe de France junior, puis je suis présélectionné pour participer aux Jeux Olympiques de Mexico en 1968 avec l’équipe de France A.

– Diplômé de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Paris, tu fais tes premiers pas de journaliste sportif en travaillant à l’Equipe. Comment es-tu rentré dans le quotidien sportif? Quel était ton rôle au sein du journal?

En parallèle avec l’aviron, j’obtiens mon baccalauréat, puis je sors diplômé de l’ESJP. Au moment de mon service militaire, comme je suis international en aviron, je rejoins le Bataillon de Joinville et c’est là que je fais mes débuts dans le journalisme.

A l’époque, nous avions une rubrique sport-militaire que je tenais de manière régulière, à raison de deux articles par semaine. J’ai fait cela pendant un an. A la sortie du service militaire, les responsables de l’Equipe m’ont engagé comme rédacteur-stagiaire.

J’obtiens le Prix Martini des jeunes, pour un article sur le boxeur Gratien Tonna en 1972.

Je reste de 1971 à 1976 au sein du journal, où je deviens grand reporter. Je couvre, entre autres, le Tour de France, le Championnat du Monde de handball, la boxe. Je n’étais pas encore spécialisé dans le football.

– Par la suite, tu vas collaborer avec de nombreux journaux dont France Soir, le Journal du Dimanche, Paris-Match, le Parisien, L’Express. Quels étaient tes objectifs en travaillant pour ces nombreux journaux?

Je suis resté de 1971 à 1988 dans la presse écrite. Je n’avais pas de plan de carrière, je voulais juste prendre du plaisir et faire de mon mieux. J’ai fait ce métier dans les meilleures conditions possibles pour un résultat que je trouve plutôt bon.

J’ai toujours adoré l’écrit et je ne pensais pas que je puisse être un jour à la télévision. A aucun moment, je ne me suis dit : »j’irais travailler ici » ou « je ferais ceci ».

dominique grimault 2

– A l’âge de quarante ans, tu décides de te lancer à la télévision et tu intègres le service des sports de TF1. Comment s’est passée ton adaptation au sein de la première chaîne française? Quels ont été les premières émissions où tu apparaissais?

A cette époque, j’ai une femme et deux enfants et j’ai la possibilité de prendre un chèque, relativement conséquent, lors de la vente de l’Express. Je me retrouve sur le marché du travail et je croise mon ami Thierry Roland qui en parle à Jean-Claude Dassier, le patron des Services des Sports de TF1.

Il m’engage en 1988 et je commence par faire beaucoup de magazines pendant un an. Puis, mon ami, Roger Zabel nous rejoint sur TF1 et lors de la Coupe du Monde 1990, nous animons avec Roger les émissions d’avant et d’après matchs. C’est un franc succès et nous créons dans la foulée l’émission « Va y avoir du sport », qui est historiquement, la première émission de débat dans le sport. L’émission va rester deux ans à l’antenne et on voit actuellement beaucoup de choses similaires à la télévision.

« Je me suis aperçu que Bernard Tapie pesait très lourd à TF1 »

– En 1991, tu vas être au cœur d’une « affaire » avec notamment Jean-Pierre Papin et Bernard Tapie. Cette histoire concerne le départ de Papin de l’Olympique de Marseille. Que peux-tu nous dire sur ce qu’il s’est passé exactement?

Je suis très lié avec les joueurs de l’Olympique de Marseille et après la finale de la Coupe des Clubs Champions perdue à Bari, j’ai une embrouille avec Bernard Tapie. Il est question notamment de l’avenir de Jean-Pierre Papin.

Tapie me conseille de quitter la chaîne et c’est là que je m’aperçois que Bernard Tapie pèse très lourd au sein de TF1. Je suis viré et quitte TF1 la mort dans l’âme.

– Tu vas rentrer à Europe 1 en 1996. A la radio, tu vas faire la Coupe du Monde 1998 en France, puis tu vas créer l’émission « On refait le match » avec Eugéne Saccomano. Que peux-tu nous dire sur cette période?

Je travaille à Europe 1 durant la Coupe du Monde 1998 avec entre autres, Eugène Saccomano, Denis Brogniart, Christophe Cessieux, Yan Kulig, et Pierre-Louis Basse.

A la fin de l’événement, on crée avec Eugène, « Le match du lundi », qui est le père fondateur de l’émission « On refait le match ».

« Je n’ai jamais connu une aussi belle complicité qu’avec Estelle Denis et Pierre Ménès »

–  Après avoir été notamment le codirecteur du service des sports de France Télévisions avec Patrick Chêne, tu vas rejoindre M6 en 2005 pour coanimer l’émission 100% Foot, en compagnie d’Estelle Denis, Pierre Ménès. Comment s’est réalisée la création de ce trio exceptionnel? Quel était la force de l’émission? Quels souvenirs gardes-tu de cette excellente émission?

Avec Jérôme Bureau, nous sommes les initiateurs de l’émission 100% Foot. Jérôme embauche Pierre Ménès et j’engage Estelle Denis.

Mes meilleurs souvenirs sont les crises de rire. On cherchait systématiquement à s’amuser, à faire rire et à parler un peu de foot aussi! Nous avions une complicité que j’ai rarement connu durant ma carrière.

– Dans 100 % Foot, vous reveniez dans une ambiance détendue, sur les événements footballistiques qui s’étaient déroulés dans la semaine. On sentait que vous preniez du plaisir à être ensemble et c’était communicatif à la télévision. As-tu des anecdotes rigolotes de plateau à nous raconter?

On pourrait écrire un livre sur les anecdotes de 100% Foot, tellement il s’est passé des choses.

Celle qui me vient à l’esprit c’est la fois où l’on reçoit Michel Hidalgo. Malheureusement, Michel était déjà un peu fatigué à l’époque. On l’interroge sur la performance d’un joueur et là, Michel confond le joueur, il nous parle d’un autre match et part sur des trucs totalement improbables. Sur le plateau, il y a une crise de rire qui s’instaure et nous ne pouvions pas nous arrêter.

Je me souviens aussi d’un pet hyper fort de Thierry Roland, lors d’une émission. Estelle Denis en rit encore quand on en parle. En plus, Thierry restait impassible, tandis que Pierrot et moi, nous étions complètement tordus de rire.

– Lors de la saison 2009/2010, tu es recruté par l’Olympique de Marseille à un poste de directeur médias du club et de responsable de la chaîne OMTV. Plus d’un an après ta prise de fonction, tu es remercié par l’équipe dirigeante de tes fonctions à la tête des médias. Que retiens-tu de ton passage du côté du Stade Vélodrome?

Nous avions fait le tour de 100% Foot, Estelle est attirée par d’autres expériences et Pierre est recruté par Canal +. Je déjeune avec Vincent Labrune qui me propose de devenir l’homme des médias de l’Olympique de Marseille. Il nomme Jean-Claude Dassier président du club et je deviens directeur des médias de l’OM.

Honnêtement, ce ne fût pas une expérience professionnelle très excitante.

Dominique Grimault 1

Je retiendrais la première saison géniale avec ce doublé Championnat-Coupe de la Ligue. Les images du Vieux-Port submergé par les supporters, dont le club n’avait rien gagné durant dix-sept ans. J’ai apprécié aussi le grand professionnalisme et la grande humanité de Didier Deschamps et de Guy Stéphan. Ces deux personnes m’ont soutenu dans les moments difficiles durant mon passage à l’OM. J’ai constaté que c’était difficile d’être à Marseille lorsqu’on est né à Paris.

– En 2015, tu prends part à l’émission « Touche pas à mon sport » sur C8, présentée par Estelle Denis. Malheureusement, la quotidienne va s’arrêter au bout d’un an. Comment s’est passée cette année sur C8? Selon toi, pourquoi l’émission n’a pas duré plus longtemps?

Ce n’est pas une expérience sur laquelle j’ai envie de m’étendre. Disons qu’à l’âge que j’ai, cet arrêt ne m’a pas porté préjudice. Je suis plutôt en fin de parcours. J’étais surtout déçu pour Estelle.

Je me suis tout de même amusé durant les émissions, c’était sympathique l’ambiance sur le plateau.

« Je regarde Estelle Denis comme si c’était ma fille »

– A la télévision, tu as travaillé très souvent avec Estelle Denis. Comment qualifierais-tu votre relation? Quelles sont les qualités que tu apprécies chez elle?

C’est une bosseuse! Elle est vive, intelligente, souriante, pleine d’enthousiasme. Elle connaît le football et le sport en général. Elle a énormément de qualités. C’est une femme géniale.

Estelle n’a pas d’émission fixe en ce moment et je pense qu’elle en mérite une. Elle est largement supérieure à bien d’autres qui sont à l’antenne.

Nous avons un rapport un peu particulier, ma fille est plus âgée qu’elle, mais je la regarde comme si c’était un peu ma fille. Je suis fier d’avoir été à l’origine de sa venue sur M6 et j’ai beaucoup d’affection pour elle.

– Tu as écrit un nombre impressionnant de livres sur le football, mais aussi sur le sport en général. D’un point de vue personnel, qu’est-ce que t’apporte l’écriture d’un livre? Est-ce important pour toi de partager avec les gens ta passion à travers ce type de livre?

J’ai dû en écrire une cinquantaine. Nous nous devons de partager toutes les passions qui nous habitent. Selon moi, il n’y a pas un écart énorme entre l’écriture d’un livre, d’un article, d’un magazine ou d’une émission de radio. Tout passe par l’écriture.

J’ai fait la plupart de mes livres sur commande des éditeurs qui m’ont contacté. Aucun de mes livres ne se détache vraiment, mais je dois avouer que « Le livre d’or de la Coupe du Monde 1998 » s’est très bien vendu (Sourire).

– Durant ta carrière, tu as travaillé sur trois supports différents du journalisme (presse écrite, télévision, radio). Quelle est celui qui te plaît le plus? Pour quelles raisons?

C’est paradoxal et étonnant, mais finalement si je devais en choisir un, ce serait celui que j’ai le moins fréquenté : la radio. Parce que c’est le plus prégnant, le contact se fait plus facilement et plus rapidement. Une émission de radio c’est chaleureux.

J’aurais adoré faire au moins la moitié de ma carrière à la radio, en plus on m’a toujours dit que j’avais un physique de radio! (Rires)

– Aujourd’hui, quelles sont tes activités et quels sont tes projets professionnels?

Disons qu’à soixante-neuf ans, mes projets professionnels sont dans mon rétroviseur. Je pourrais peut-être écrire un livre ou si une émission de radio, de télévision, de presse écrite me contacte, j’accepterais car j’adore ce métier et je ne me sens pas encore totalement carbonisé.

A mon âge, il faut savoir laisser la place aux jeunes et je prendrais les choses comme elles se présenteront à moi.

– Quels sont tes meilleurs et tes pires souvenirs de journaliste? Quelles sont tes plus belles rencontres?

J’ai adoré mes cinq premières années à l’Equipe, j’étais tout jeune et j’ai côtoyé des maîtres. Je pense à Pierre Chany, Denis Lalanne, Antoine Blondin, Robert Parienté, Jacques Marchand, ce sont des journalistes émérites, qui m’ont beaucoup appris. Ces noms resteront dans ma mémoire.

J’ai aimé être rédacteur en chef du Parisien durant deux ans, ainsi que mes années à TF1. Mon duo avec Roger Zabel m’a beaucoup plu aussi. Parmi mes grands souvenirs, il y a l’époque d’Europe 1 avec Saccomano, c’était un régal.

Ma complicité avec Patrick Chêne à la tête du service des sports de France 2 fût très plaisante aussi. A l’époque, nous faisions 30% de part de marché avec Stade 2!

Mes ententes avec Estelle, Pierre et Thierry sur 100% Foot a été exceptionnelle.

Concernant mon plus mauvais souvenir, c’est mon éviction de TF1 en 1992 qui m’a été extrêmement pénible. J’ai vécu de mauvais moments aussi durant ma période à l’OM, où j’ai subi la fronde du public marseillais.

Il y avait des banderoles « Grimault dégage » dans les tribunes du Vélodrome et je n’en garde pas un bon souvenir.

« J’ai une admiration particulière pour Michel Platini »

– Au niveau du football, quels sont les joueurs qui t’ont marqué?

Il n’y en a pas énormément. Pour l’époque 1950/60, il y a Raymond Kopa, Just Fontaine, Roger Piantoni. Ensuite, pour la génération 1970/80, c’est Alain Giresse, Michel Platini, Dominique Rocheteau.

Puis, certains joueurs français qui sont devenus Champion du Monde. Je pense à Christophe Dugarry, pour qui j’ai beaucoup d’estime. Didier Deschamps, dont j’ai parlé précédemment.

De cette génération, je pense aussi à Vikash Dhorasoo que j’aime beaucoup.

De tous ces joueurs, j’ai tout de même une préférence particulière pour Michel Platini.

– Qu’est-ce que tu aimes faire en-dehors du journalisme?

Ma passion me prend énormément de temps, mais je lis énormément dés que je peux.

– Un dernier mot pour les lecteurs du Blog de Jayjay?

« La patience est l’art d’espérer ». Je te souhaite une bonne continuation.

JayjayEN TETE A TETE AVEC DOMINIQUE GRIMAULT

1 comment

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  • henri PASQUET - 4 avril 2018 reply

    Dominique.
    Comment tu arrives à donner ton avis au foot à la tele ? au lycée berlioz je ne t’ai jamais vu ni au foot ni au rugby. Sur la marne à l’aviron oui…. avec le journal l’équipe sous le bras Je vois que tu vogues à Marseille. Moi aussi , mon voilier est au port de l’estaque.
    A+

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