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EN TETE A TETE AVEC REYNALD LEMAITRE

Avec plus de trois-cent matchs en professionnel, on peut dire que Reynald Lemaitre réalise une très belle carrière. Même si cette année, il ne joue pas avec son club de l’En-Avant Guingamp, je ne me fais pas de soucis pour la suite de sa carrière qui va surement le voir quitter les Côtes-d’Armor à la fin de cette saison.

Très disponible et d’une extrême gentillesse, il n’a pas hésité à revenir sur ses débuts dans le football à l’INF Clairefontaine ou sur son passage à l’AS Nancy Lorraine.

D’une humilité exemplaire, c’est un modèle de professionnalisme que j’ai eu le plaisir d’interroger.

Entretien avec le numéro 25 de l’EAG pour le plus grand bonheur des lecteurs du Blog de Jayjay.

 – Bonjour Reynald, né à Chambray-les-Tours, tu commences le football dans le club du SO Rosny-sous-Bois en région parisienne. A 13 ans, tu intègres l’INF Clairefontaine avant de te faire remarquer par le SM Caen où tu vas terminer ta formation. Peux-tu nous raconter cette période si importante dans la vie d’un footballeur?

Etant domicilié à Rosny-sous-Bois, c’est tout naturellement que mon père m’a inscrit au football dans le club de la région parisienne. J’y ai joué de cinq à treize ans à un petit niveau, mais j’étais passionné par le foot et je voulais en faire mon métier.

A l’époque, j’étais un peu rêveur, je pensais même qu’avec notre petite équipe de Rosny, on pouvait battre les équipes de jeunes du Paris Saint-Germain, de l’Olympique de Marseille, malgré qu’on jouait au plus bas niveau dans la région.

Ca se passait bien quand même pour moi au club, j’avais un bon niveau et un bon entraineur, qui nous a appris les bases du football et m’a donné l’envie de devenir footballeur.

Un jour, mon père voit dans le journal qu’il y a une détection pour rentrer à l’INF Clairefontaine. J’ai voulu faire le test et comme mon père me trouvait un peu trop rêveur, il m’a inscrit en pensant que j’allais être recalé et que ça me fasse retomber sur terre.

A l’INF, j’ai passé tous les tests jusqu’à ce qu’il ne reste que cinquante joueurs. La moitié des candidats devaient être retenue. La concurrence était forte, mais je fais la dernière étape et je m’en sors pas trop mal.

Après avoir été sur liste d’attente, j’intègre l’INF Clairefontaine où je vais passer trois ans. Là-bas, je vais côtoyer entre autres Franck Béria et Jérémie Aliadière qui sont dans ma promotion. Les deux premières saisons se passent bien, mais la troisième année, je fais une poussée de croissance et je suis blessé durant toute la saison. Du coup, je n’ai pas de club à la sortie du centre.

On envoie des lettres à certains centres de formation et je reçois des réponses de Lorient et Caen. J’ai fait les tests et j’ai intégré le centre de formation de Caen.

– Lors de la saison 2002/03, tu vas connaître ta première apparition en Ligue 2 avec le maillot du Stade Malherbe sur le dos. Comment as-tu appris et vécu ce grand moment? Quels sont les joueurs de l’effectif qui t’ont aidé lors de tes débuts en professionnel?

C’était l’aboutissement de ma formation. C’était face à Gueugnon, je rentre en cours de jeu et c’est un grand moment. J’étais un peu « foufou » lorsque je suis rentré et je ressentais beaucoup de pression positive.

Au sein du groupe, je me sentais très bien. Je faisais parti des plus jeunes et j’écoutais avec respect les anciens. Je suis arrivé tranquillement dans l’effectif, sans faire de bruit.

A partir de ce match, j’ai intégré l’équipe et j’ai joué beaucoup de matchs.

– Tu vas t’intégrer progressivement dans l’effectif, en jouant une trentaine de matchs de Ligue 2 en deux saisons et curieusement, ce n’est qu’une fois le club en Ligue 1, que tu vas devenir titulaire au poste de milieu gauche. Comment expliques-tu cela? Quel a été le déclic qui t’a permis de t’imposer en tant que titulaire?

Je commençais à jouer un certain nombre de matchs en Ligue 2 et je faisais parti de l’équipe qui est montée en Ligue 1. J’étais jeune et je représentais un peu l’espoir du club, de plus mes prestations étaient majoritairement bonnes.

Tout naturellement, lorsqu’on est monté en Ligue 1, le SM Caen s’est renforcé, mais il faisait tout de même confiance aux jeunes joueurs. Je me suis imposé et c’est pour cela que j’ai joué autant de match.

– Malheureusement, après une seule saison parmi l’élite, le club termine dix-huitième de Ligue 1 et redescend en Deuxième Division. Qu’est-ce qui vous a manqué pour rester en Ligue 1 cette saison-là? Tu avais réalisé une belle saison, as-tu songé à un départ du SMC pour rester dans l’élite du football français?

Il nous a manqué de l’expérience du haut-niveau sur la durée. Peu de joueurs avaient évolué en Ligue 1 avant cette saison-là.

J’avais fait une grosse saison, j’avais même intégré l’Equipe de France Espoir à ce moment-là. Tout se passait bien pour moi et quand on est descendu, j’avais les boules de quitter la Ligue 1. Forcément, j’ai songé à partir, mais j’étais lié par un contrat et le club comptait sur moi pour remonter. C’est donc tout naturellement que je suis resté en Normandie.

Reynald LEMAITRE - 22/03/2008 - Caen/Monaco - Ligue 1, 30e journee. Photo: Dave Winter/Icon Sport.

Reynald LEMAITRE – 22/03/2008 – Caen/Monaco – Ligue 1, 30e journee. Photo: Dave Winter/Icon Sport.

– Tu vas rester ensuite durant quatre années à Caen, où tu vas, entre autres, grandement contribuer lors de la saison 2006/07 à une nouvelle montée en Ligue 1 avec le SM Caen. Quels souvenirs gardes-tu de cette superbe saison?

La saison précédente, on avait raté la montée pour deux buts . Dans la continuité de cette saison, On avait une équipe mature et de qualité.

C’était un soulagement de retrouver la Ligue 1, car quand tu y as gouté, forcément ça te démange de la retrouver. Etre en Ligue 1, cela te permet aussi de te faire remarquer davantage grâce à la visibilité et la médiatisation du championnat par rapport à la Ligue 2.

« Etre en concurrence avec Nicolas Seube ne m’enchantait guère »

– C’est à cette période-là aussi, que tu vas commencer à évoluer au poste de latéral gauche, ce qui va devenir ton poste de prédilection pour la suite de ta carrière. Quels sont les raisons de ce repositionnement?

C’est Franck Dumas qui m’a proposé cela. Quand on est remonté en Ligue 1, j’étais en fin de contrat et il voulait m’essayer en arrière gauche. A l’époque, c’est Nicolas Seube qui jouait à cette place-là et qui était l’emblème du club (ça l’est toujours d’ailleurs 🙂 !).

Donc, je me suis posé des questions, car je savais pertinemment que j’allais être une doublure à ce poste-là.J’ai pas mal réfléchi et j’étais prêt à me battre pour essayer de m’imposer en tant que titulaire, j’ai donc prolongé mon contrat avec le SMC.

Ce qui me plaisait aussi, c’est que Franck Dumas prônait un jeu très offensif et très porté à l’avant. Du coup, en étant arrière gauche, j’étais autant offensif, que lorsque j’évoluais au milieu.

La saison démarre et assez rapidement, j’ai gagné ma place et je suis resté arrière gauche toute l’année. Nicolas Seube a été repositionné en tant que milieu axial.

– Après une saison pleine de ta part en 2008/2009 avec Caen, tu quittes la Normandie et prends la direction de l’AS Nancy-Lorraine qui évolue en Ligue 1. Pourquoi avoir quitté le SMC? Pourquoi avoir choisi l’ASNL? As-tu reçu des offres d’autres clubs?

Je suis parti parce que j’avais un peu fait le tour à Caen. En comptant ma formation, cela faisait dix ans que j’étais au club. J’étais un peu l’enfant du club et j’avais besoin de me remettre en question. En plus, cette saison-là, on était descendu en Ligue 2 et je ne me revoyais pas quitter la Ligue 1.

Dés le mois de décembre, je savais que Pablo Correa s’intéressait à moi. En début de mercato, je n’avais pas d’offres concrètes hormis l’ASNL. Comme je savais que le club lorrain me voulait vraiment et que l’effectif était de qualité, car l’ASNL avait participé à la Coupe d’Europe l’année précédente, je n’ai pas hésité à signer là-bas.

– A Nancy, tu vas découvrir un nouveau groupe, un nouvel entraineur et une nouvelle façon de travailler. Comment s’est passée ton adaptation au sein de l’ASNL? Quels étaient tes objectifs en rejoignant le club?

L’adaptation s’est très bien passée. Tous les gars de l’effectif étaient au top et cela a rendu les choses faciles à mon arrivée.

Je rejoignais une équipe avec un fort potentiel et c’était la première fois que j’allais être confronté à une forte concurrence. Je devais me faire une place de titulaire dans l’effectif.

Cette année-là, le recrutement de l’ASNL était basé sur des joueurs techniques, car le club voulait changer son système de jeu basé sur des joueurs physiques et un jeu rugueux. C’était une bonne chose pour moi.

Au début, ça s’est très bien passé, mais par la suite les résultats n’ont pas été pas à la hauteur et l’entraineur a choisi de revenir à un système de jeu plus direct et plus physique. Du coup, cette façon de jouer me correspondait moins.

« A Nancy, j’ai découvert le très haut niveau »

– Durant trois saisons, tu vas jouer en moyenne vingt cinq matchs de Ligue 1 chaque année avec l’AS Nancy-Lorraine. Pendant cette période, vous allez systématiquement finir aux alentours de la dixième place du Championnat de France de Ligue 1. Quels sont tes meilleurs souvenirs lors de ces trois années? As-tu des regrets sur ton passage en Lorraine?

Mes meilleurs souvenirs sont toutes les rencontres que j’ai faites en Lorraine. De plus, mes deux filles sont nés à Nancy, donc forcément cette ville est à jamais graver dans ma mémoire.

Sportivement, j’ai apprécié jouer avec de très bons joueurs qui ont fait qu’on avait une belle équipe. Malheureusement, on était capable du meilleur comme du pire. On aurait pu mieux faire, du moins on avait le potentiel pour faire mieux que le milieu de tableau.

– Alors que tu sortais d’une troisième bonne saison en Ligue 1 avec Nancy, tu ne prolonges pas ton contrat. Tu vas rester six mois au chômage et lors du mercato d’hiver, tu prends la direction de l’EA Guingamp qui joue en Ligue 2. Pourquoi ce choix de ne pas prolonger à l’ASNL?  Peux-tu nous parler de ce passage difficile pour toi avant de signer à l’EAG?

Cette période de chômage n’est pas un très bon souvenir. Lors de ma troisième saison au club, Jean Fernandez est venu me voir et m’a proposé de prolonger mon contrat et qu’il me voyait comme une doublure de Massadio Haïdara en tant qu’arrière gauche. Comme je sortais d’une bonne saison en Ligue 1, je lui ai dis que j’avais envie de jouer et que je refusais sa proposition d’être remplaçant.

Il faut dire que je pensais trouver assez facilement un club vu mes performances lors de la saison précédente. Sauf que cette année-là, le marché des transferts en Ligue 1 était fermé et je me suis retrouvé sans club à la fin de la période des transferts. J’ai eu quelques touches avec des clubs de Ligue 2, mais je voulais rester à tout prix au plus haut niveau.

J’ai déménagé à Caen, afin de m’entrainer avec le SM Caen pour garder la forme. Je remercie d’ailleurs Patrice Garande qui a accepté de m’accueillir dans l’effectif pour travailler physiquement au cas où une offre arrive.

Ca fait bizarre de se retrouver au chômage alors que j’étais habitué à évoluer en Ligue 1 depuis trois ans avec l’ASNL. Ce fût très dur psychologiquement. Heureusement, Guingamp s’est présenté et j’ai pris la direction de l’En Avant au mercato d’hiver.

Reynald Lemaitre 2

– Tu évolues depuis quatre ans et demi, à l’En Avant Guingamp avec qui tu as connu une montée en Ligue 1 lors de ta première saison au club. Que peux-tu nous dire sur ce club qui monte crescendo dans notre championnat? Selon toi, quels sont les points forts de l’EAG?

Au niveau des points forts, ils ont réussi à passer de National à la Ligue 1 en trois ans, preuve que c’est un club qui est en pleine progression. Jocelyn Gourvennec a su mettre sa patte sur le club et a le faire perdurer en Ligue 1, sans oublier la victoire en Coupe de France. Au sein de l’effectif, il y a aussi une ambiance fantastique et cela se voit aujourd’hui sur le terrain.

Le public aussi est fantastique, l’ambiance à domicile, c’est quelque chose. Je n’ai jamais vu cela ailleurs. Ils sont toujours là, j’ai souvenir d’un match où on perd six à deux et le public nous a applaudi à la fin de la rencontre. Ce n’est pas dans tous les stades qu’on peut voir cela!

« Antoine Kombouaré m’a expliqué que je n’aurais pas beaucoup de temps de jeu »

– Depuis deux saisons, tu joues très peu à cause des blessures. Cette année, tu n’as disputé aucune rencontre de Ligue 1 suite à une grave blessure au mois d’août lors d’un entrainement. Est-ce la pire période de ta carrière? Qu’est-ce qui te permet de rester mobiliser malgré le manque de compétition?

Il faut savoir que l’année dernière, je n’ai joué que six matchs en Ligue 1, mais je n’ai pas été blessé. L’entraineur a fait confiance à d’autres joueurs et je n’ai jamais eu ma chance.

Cette saison, j’ai eu un problème à un mollet et j’ai repris trop tôt l’entrainement. J’ai donc rechuté et ma blessure a mis plus de temps à guérir. Cependant, j’ai repris l’entrainement normalement depuis janvier.

Antoine Kombouaré m’avait dit dés son arrivée, qu’il ne comptait pas sur moi. J’ai quand même fait le choix de rester, tout en sachant que j’allais peu jouer. J’essaie de garder la forme et d’évoluer avec l’équipe réserve le plus souvent possible

– Cette saison, l’EAG effectue une belle saison et occupe actuellement une confortable dixième place à huit points d’une éventuelle place européenne. Peux-tu nous parler de cette année? Penses-tu qu’une place européenne est encore jouable?

Tout est jouable! On a réalisé une première partie de saison exceptionnelle, où on marchait sur l’eau. La deuxième partie de saison est plus difficile. Comme souvent, quand on enchaîne les mauvais résultats, forcément on a moins de réussite et on perd des points bêtement.

En plus, on commence à voir les équipes derrière nous qui reviennent et psychologiquement c’est difficile. En faisant une grosse fin de saison, cela reste jouable, mais c’est dommage d’avoir perdu quelques points, surtout qu’on possède un effectif de grande qualité!

– Tu vas avoir trente-quatre ans et arrives en fin de contrat avec Guingamp au mois de juin prochain. Quelles sont tes perspectives d’avenir? Tu n’as jamais évolué à l’étranger, aurais-tu des regrets si cela n’arrivait pas?

Pour l’étranger, je n’aurais pas de regrets car cela ne m’attire pas forcément.

Concernant le futur, je ne resterais pas à Guingamp. J’ai une grosse expérience et j’aimerais l’apporter à une formation de Ligue 2, car j’ai encore de l’envie. Si je trouve un beau projet avec une formation sérieuse de Ligue 2, je me laisserais volontiers tenter.

– Malgré une magnifique carrière, où tu as disputé plus de trois-cent matchs en professionnel avec des équipes habituées au plus haut-niveau, tu n’as jamais évolué dans un club du Top 5 français. Selon toi, qu’est-ce qu’il t’a manqué pour franchir ce palier?

Surement de la qualité! (Rires) Quand j’étais jeune, ça se passait bien pour moi avec notamment l’Equipe de France Espoir, mais si on a jamais fait appel à moi, c’est que je n’avais pas le niveau ou qu’il y avait toujours quelqu’un de meilleur que moi.

– Quel est le joueur de l’EAG qui devrait revoir ses tenues vestimentaires?

 Nicolas Benezet

– Quel est le joueur le plus drôle de l’effectif guingampais?

Toujours Nicolas Benezet, il est pas mal dans ce rôle.

– Quel est le celui qui ne se fait quasiment jamais réprimander par l’entraineur, car il est le « chouchou » du coach?

En général, ce sont plus les anciens qui sont un peu « protégés » par le coach. Il reprend souvent les jeunes de l’effectif, même s’il ne le fait jamais méchamment.

– Où te vois-tu dans quinze ans?

Je ne me vois pas dans une ville en particulier, mais je serais avec ma famille, mes enfants. Peut-être du côté de la Normandie tout de même. (Sourires)

– Un dernier mot pour les lecteurs du Blog de Jayjay?

Bonne lecture à tous. Je trouve cela intéressant de savoir ce que deviennent les anciens joueurs et de connaître un peu mieux ceux qui sont encore en activité. Je le conseille à tous!

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