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EN TETE A TETE AVEC ERIC CARRIERE

C’est à la veille d’un alléchant Paris Saint-Germain – OGC Nice, match pour lequel il va officier en tant que consultant pour Canal +, qu’Eric Carrière a gentiment accepté de répondre à mes questions.

Un entretien rempli de sincérité et d’humilité pour l’ancien meilleur joueur du championnat de Ligue 1. Il évoque notamment son début de carrière assez atypique, ses années passées au plus haut-niveau, ainsi que sa reconversion à Canal + et dans le domaine du vin.

Il revient aussi sur les joueurs qui ont marqué sa vie de footballeur avec une grande simplicité qui caractérise l’un des meilleurs consultants du football français.

Constamment dans le partage et très ouvert au dialogue, c’est un très bon moment que j’ai eu le plaisir de passer avec l’ancien joueur de l’Olympique Lyonnais pour le plus grand plaisir des lecteurs du Blog de Jayjay.

– Sur sa carrière de footballeur :

– Bonjour Eric, né à Foix, tu commences le football à Villenave-d’Ornon avant de rejoindre le SC Auch. Tu vas gravir les échelons jusqu’à intégrer l’équipe première du club à l’âge de dix-huit ans. Que peux-tu nous dire sur tes premiers pas en tant que footballeur?

Mes débuts à Villenave reste anecdotique. Je joue là-bas jusqu’à l’âge de sept ans. J’ai beaucoup plus de souvenirs au Sporting Club Auscitain où j’effectue vraiment mes premiers pas.

En-dehors de l’aspect purement footballistique, je me souviens de l’ambiance qui régnait au sein de l’équipe durant les tournois. J’ai aussi encore en mémoire les noms de mes entraîneurs de l’époque qui resteront gravés en moi.

Je fais mes classes à Auch et j’intègre l’équipe première qui évoluait en Promotion d’Honneur à l’âge de dix-huit ans. J’étais très fier d’évoluer avec ce groupe et je pensais être au maximum de ce que je pouvais accomplir dans le football. Mon rapport avec le football de haut-niveau était quasiment nul. Par exemple, j’allais très peu voir Toulouse jouer au Stadium et je ne voyais pas beaucoup de match à la télévision. Mes seules références étaient les joueurs de l’équipe première du SC Auch et j’avais la chance d’y évoluer à ce moment-là!

– Tu vas rejoindre la ville de Toulouse pour tes études et c’est dans le club de Muret évoluant en National que tu vas continuer ta carrière sur le rectangle vert. Cependant, tu ne vas pas jouer tout de suite avec l’équipe première du club et c’est avec la réserve que tu disputeras ta première saison. Comment s’est passée ton adaptation au sein du club? A cette époque, pensais-tu toujours devenir un joueur professionnel?

J’ai mon bac à dix-neuf ans et je pars à la faculté de Toulouse. Je m’entraînais trois fois par semaine avec Auch et étant dorénavant installé à Toulouse, je me voyais mal effectué quarante-cinq minutes de trajet pour aller aux entraînements.

Je signe à Muret où je suis intégré au groupe de la Division d’Honneur. Je vis une vie d’étudiant, je prends un appartement avec ma future épouse, je vais à la faculté de Sciences et je m’entraîne le soir à Muret, trois fois par semaine.

Mon adaptation au sein du club fût difficile. Je quittais le club d’Auch où j’avais tous mes potes et où j’étais chez moi, pour la DH de Muret où j’allais être en concurrence avec des joueurs locaux qui évoluaient ensemble depuis des années. J’ai rapidement été pris en grippe et certains joueurs voulaient me chopper à l’entraînement pour me faire mal. J’ai souvenir d’un entraînement, où c’était allé très loin dans les impacts, or je ne m’étais pas démonté. Ce jour-là, l’entraîneur avait remis les choses au clair, ce qui m’avait permis de définitivement m’intégrer à l’effectif.

J’allais au stade pour voir les matchs de Muret en National, où évoluait à l’époque Dominique Armand qui travaille avec moi à Canal + aujourd’hui et je ne pensais jamais atteindre ce niveau-là.

– Suite à tes belles prestations avec l’effectif de la réserve, tu vas avoir ta chance en équipe première qui évolue en National, au troisième échelon du football français. Peux-tu nous parler de ta découverte du plus haut-niveau amateur?

Avec la faculté, je deviens deux fois champion de France Universitaire de football et j’évolue avec de nombreux joueurs jouant avec l’équipe National de Muret. Du coup, lorsque j’intègre le groupe, je ne suis pas dépaysé du tout.

Je ne mets pas beaucoup de temps à trouver mes marques dans l’entrejeu et même si je ne marque pas beaucoup de buts, j’effectue quelques passes décisives.

La saison est difficile pour le club, car nous terminons à la dernière place du championnat à deux points de la treizième place. Heureusement, de nombreux clubs sont relégués administrativement et Muret se maintient en National grâce à cela.

« Mon expérience dans le football amateur m’a beaucoup servi dans ma carrière professionnelle »

– Tu es l’un des rares joueurs à avoir connu le niveau amateur à l’âge adulte  avant de devenir un grand joueur professionnel. Qu’est-ce que t’ont apporté ces différentes expériences en amateur pour la suite de ta carrière en Ligue 1?

J’insiste sur le fait que toutes les confrontations que j’ai pu vivre en amateur, que ça soit à l’entraînement ou en match, m’ont servi par la suite dans ma carrière de joueur professionnel. C’est sur que techniquement et au niveau de la rapidité de jeu, le niveau était beaucoup moins fort, mais dans l’impact et dans l’intimidation c’était une expérience, certes difficile à l’époque, mais qui a été bénéfique pour la gestion de mes émotions dans des matchs de haut-niveau.

J’ai souvenir d’avoir vécu un envahissement de terrain dans un derby du Gers et les spectateurs n’étaient pas là pour faire des Selfie! (Rires).

– Tes belles performances au sein du club de la Haute-Garonne te permettent de te faire remarquer par le FC Nantes qui va te proposer de signer un contrat. Comment s’est passé le rapprochement entre toi et le FCNA?

Lorsque j’évolue avec Muret en National, je joue aussi en Equipe de France des Finances grâce au travail de mon père et je fais un tournoi à Clairefontaine. Je suis repéré par Guy Hillion, recruteur pour le FC Nantes, aujourd’hui à Chelsea, qui était là pour une sélection de joueurs qui devaient participer aux Jeux de la Francophonie.

Guy me propose de faire les sélections et je suis pris pour participer aux Jeux. Durant la compétition, je suis la doublure de Vikash Dhorasoo et je ne joue pas une seule minute. Cela reste un super souvenir tout de même, car j’étais le seul amateur à être dans ce groupe qui comptait notamment des joueurs comme Frédéric Da Rocha et Dagui Bakari.

Après un essai concluant à Caen l’année précédente, mais avec une proposition de contrat amateur qui ne me satisfait pas, je fais un essai à Nantes. Je sors d’une entorse du genou et je ne suis pas en pleine possession de mes moyens. Je ne suis pas conservé et Raynald Denoueix m’explique que cela sera dur au point de vue physique.

Le déclic survient lorsque Robert Budzynski, le directeur sportif du FCNA vient voir un match à Muret où l’on s’impose six à zéro et je réalise un gros match à cette occasion. Il me propose un contrat et je signe à Nantes dans la foulée.

– En difficulté à ton arrivée du côté de la Jonelière, tu vas t’imposer en équipe réserve avant d’intégrer le groupe professionnel. Peux-tu nous raconter tes débuts au FCNA? Comment expliques-tu cette évolution jusqu’au groupe professionnel?

Les gens pensent que j’ai explosé comme a pu le faire Kylian Mbappé, mais mon évolution jusqu’au groupe professionnel fût assez difficile.

A mon arrivée, au bout de trois entraînements, je me blesse au tendon rotulien. Les médecins me disent que cela va être compliqué de guérir et qu’il va falloir peut-être m’opérer. Le docteur du club, Fabrice Briand, me parle d’un thérapeute, Stéphane Renaud assez réputé et en dernier recours je me décide à aller le voir. Après quelques manipulations, il m’annonce que je peux rejouer d’ici deux jours en suivant un programme! A ce moment-là, je me dis que ma cohabitation avec Stéphane Renaud va être habituelle et elle a duré quinze ans!

En fin d’année, je commence tout juste à évoluer en match avec la CFA 2 de Nantes (Deuxième réserve du club). Cette saison-là, j’ai bénéficié d’un concours de circonstances favorables. Les coachs avaient décidé de faire évoluer en CFA 2 toute l’équipe qui jouait en Gambardella cette année-là afin de mieux les préparer ensemble. Certains jeunes qui jouaient en CFA, sont donc redescendus avec l’équipe CFA 2. Cela a donc libéré des places pour  moi et c’est comme cela que j’ai pu intégrer le groupe de la CFA jusqu’à la fin de ma première saison au club.

Eric-Carriere FCNA

 – Durant la fin d’année 1996, Jean-Claude Suaudeau, l’entraîneur du FCNA à l’époque, va te faire connaître ton premier match de Division 1. Comment as-tu vécu cette première? Quels sont les joueurs qui t’ont pris sous leurs ailes à l’approche de cette rencontre?

 J’intègre définitivement le groupe professionnel à l’intersaison suivante. J’effectue la préparation estivale, mais je fais mon premier match en décembre soit environ six mois après être un membre de l’effectif professionnel. Cela montre encore toutes les difficultés que j’ai eu à m’imposer au FC Nantes.

Je suis dans le groupe pour le déplacement à Lyon et deux titulaires habituels sont malades à l’hôtel. Nous faisons une promenade sur les bords du Rhône et Jean-Claude Suaudeau me dit que je vais être titulaire.

Je joue devant la défense avec Christophe Le Roux. Jean-Marc Chanelet avec qui j’avais sympathisé, m’a encouragé et aidé toute la rencontre. Nous gagnions un à zéro à Gerland et je réalise une belle performance. A la fin de la rencontre, je me dis que voilà je suis capable de jouer à ce niveau-là, sauf que ce match restera mon unique titularisation de la saison.

« Ma relation avec Jean-Claude Suaudeau était tendue »

– Ce n’est que lors de la saison 1997/1998 que ta carrière va vraiment décoller. Tu vas disputer vingt-sept rencontres de Division 1 et devenir un titulaire en puissance au sein de l’entrejeu nantais. Que peux-tu nous dire sur cette période? En quoi l’arrivée de Raynald Denoueix au poste d’entraîneur du FCNA a changé quelque chose pour toi?

L’intersaison 1997 est assez importante pour moi. Déjà, je franchis un cap dans ma vie d’Homme car je me marie.

De plus, je pars à l’armée où je fais les Championnats du Monde Militaire en Iran. Sous la direction de Roger Lemerre,  je côtoie des joueurs confirmés comme François Grenet, Kaba Diawara, Philippe Delaye, Yann Lachor et moi je n’ai qu’un match en Ligue 1! Je m’éclate et prends confiance dans mon jeu et mes qualités.

Cet été-là, le club pense à me prêter et après une discussion avec Denoueix, l’entraîneur de la réserve, je décide de rester.

Ma relation avec Suaudeau était assez tendue. Je me souviens d’un entraînement où à l’annonce des compositions d’équipes, Suaudeau qui m’avait mis au milieu avec Jean-Michel Ferri balance devant tous les joueurs : « Jean-Michel, tu es avec Eric au milieu, autant dire que tu es seul ». Ce n’était pas l’idéal sur le plan psychologique.

Lorsque j’apprends que Suaudeau est remplacé par Raynald Denoueix , je me dis que cela peut être ma chance. Cette période coïncide aussi avec un changement d’hygiène de vie en collaboration avec Stéphane Renaud et un travail axé sur du gainage. J’avais une telle volonté de réussir que ces sacrifices se sont faits assez facilement et ce fût un moment-clé de ma carrière professionnelle.

Raynald Denoueix me titularise dés le premier match de championnat et il me protège physiquement tout au long de la saison en me mettant au repos lorsque les matchs avaient tendance à s’enchaîner.

– Les trois saisons suivantes vont être magiques d’un point de vue personnel, mais aussi pour le FC Nantes. Tu vas gagner deux Coupe de France et le Championnat de France de Division 1 en 2001, saison durant laquelle tu vas être sacré meilleur joueur de Division 1. Que retiens-tu de ces trois saisons exceptionnelles? Qu’as-tu ressenti au moment de ton élection au titre de meilleur joueur du championnat?

C’est normal que j’ai des frissons à la suite de cette question? (Sourires)

Ce qui est particulier quand tu reviens un peu en arrière sur ma carrière, c’est qu’à dix-huit ans, j’apprends ma première titularisation en Promotion d’Honneur avec mon pote Marc Cafiéro et j’en suis très fier. Quelques années plus tard, j’ai vécu des choses difficiles et notamment pendant ces trois ans au FCNA. Etre footballeur professionnel demande des sacrifices et du travail sur soi, tu es sans arrêt confronté à la concurrence et les efforts fournis à l’entraînement sont parfois importants. J’ai retrouvé une séance d’entraînement lors de mon passage au FC Nantes où il fallait enchaîner trente secondes d’effort avec trente secondes de récupération durant quarante-cinq minutes à 17km/h, 18km/h et 19km/h en alternance!

Alors, lorsque je suis récompensé par mes pairs, je ressens un sentiment de fierté immense et une reconnaissance de mon travail, mais le gros frisson de cette période, c’est le match du titre à Saint-Etienne lors de la saison 2000/2001. Toute ma famille est en tribune et je savoure, car nous perdons cette saison-là nos deux demi-finales de Coupe nationale et je me dis alors qu’on peut tout perdre cette année.

– A la fin de la saison 2000/2001, tu vas quitter le FCNA et rejoindre l’Olympique Lyonnais lors d’un transfert mouvementé. Comment s’est passé ce changement de club? Pourquoi avoir choisi l’OL? As-tu reçu des offres d’autres clubs?

L’Olympique Lyonnais, c’était le club en devenir et qui me correspondait totalement. J’avais eu vent de contact avec le Paris Saint-Germain, l’Olympique de Marseille, Liverpool, mais ce n’était pas aussi poussé que les contacts que j’ai eus avec l’OL.

eric-carriere ol

– Tu arrives dans un club bâti pour dominer le championnat de France, avec une grosse concurrence et de nombreux internationaux. Comment s’est passé ton adaptation? De quels joueurs étais-tu le plus proche?

L’adaptation fût très rapide. Je partais d’un club où à vingt-sept ans, j’étais l’un des plus anciens du groupe et j’arrive à Lyon où il y a quasiment que des trentenaires. Etant naturellement plus proche des personnes plus âgées que moi, cela a facilité mon intégration.

Au sein de l’effectif, j’étais souvent avec Philippe Violeau, Christophe Delmotte, Pierre Laigle, Sonny Anderson, Gregory Coupet, Marc-Vivien Foé, Eric Deflandre, Jean-Marc Chanelet. Nous avions beaucoup de points communs et notamment les parties de cartes. Nous étions parfois dix à jouer à la coinche pendant les mises au vert!

 « A mon arrivée, j’ai senti que l’OL était complexé par rapport au palmarès de l’ASSE »

– Dans un système de jeu qui te correspond à merveille, tu vas réaliser de très belles performances et enchaîner trois autres titres de champion de France avec l’Olympique Lyonnais. Peux-tu nous parler de tes années OL? Quels sont tes meilleurs souvenirs sur les bords du Rhône?

A mon arrivée, je sens que le club a un potentiel énorme, mais qu’il est un peu complexé par

la rivalité avec le voisin stéphanois car l’OL n’a jamais été champion de France. Ce sentiment est surtout visible avec les supporters qui se font chambrés assez régulièrement par les supporters des Verts.

Lors de ma première année, j’évolue sous les ordres de Jacques Santini en tant que milieu excentré sur le côté gauche et c’était pas simple pour moi! Ce n’est qu’à l’arrivée de Paul Le Guen que je suis replacé dans l’axe pour jouer en pointe haute d’un milieu à trois avec deux récupérateurs qui sont Philippe Violeau, Mahamadou Diarra, Vikash Dhorasoo ou Juninho.

Ma première saison, nous obtenons le titre de champion de France à Lens lors de la dernière journée. Il y a une période de cette année où le titre semble compromis au vue de l’avance que possède le Racing Club de Lens, mais nous effectuons une fin de championnat en boulet de canon et Lens craque dans la dernière ligne droite.

Ce que je retiens de mon passage à Lyon, c’est la mentalité et l’envie de gagner. A Nantes, j’ai appris le souhait de bien jouer, alors qu’à Lyon c’est la gagne qui primait. A l’entraînement, tu ressentais l’intensité dans les duels qui étaient totalement différentes de ce que j’avais connue au préalable.

– Après tes quatre titres de Champion de France consécutifs, tu choisis de prendre la direction du RC Lens qui vient de terminer huitième de Ligue 1. Pourquoi avoir quitté l’OL? Qu’est-ce qui t’as plu dans le challenge lensois?

Sur ma dernière saison à l’Olympique Lyonnais, je joue moins. Je suis en concurrence avec Michael Essien, Mahamadou Diarra et Juninho, ce qui est pas forcément simple et je vois que Paul Le Guen veut mettre du physique dans son milieu de terrain à trois.

Dans le même temps, Gervais Martel, le président du RC Lens me fait du pied pour que je rejoigne son club, en me disant que le Racing va construire une équipe avec un style de jeu qui va me correspondre, avec beaucoup de jeu.

– Malgré des débuts difficiles au RCL, tu vas vite devenir un élément majeur de l’équipe, ce qui va permettre au club Sang et Or d’enchaîner trois qualifications européennes en trois saisons consécutives. Comment expliques-tu tes difficultés à ton arrivée dans le Pas-de-Calais? Que retiendras-tu des ces trois belles années du côté de Bollaert?

Ce que je retiens de mon passage à Lens, c’est qu’un club qui a une identité de jeu depuis des décennies et qui décide de la changer, revient forcément à ce qu’il sait faire s’il y a des mauvais résultats. C’est ce qu’il s’est passé à cette période. Le club avait recruté Hilton, Nicolas Gillet, Jérôme Leroy et moi, afin d’essayer de produire du jeu, malheureusement à la suite de mauvais résultats à la mi-saison, Joel Muller, en concertation avec le groupe, a décidé de revenir à un système de jeu plus direct façon « Kick and Rush » en adéquation avec ce qu’il se faisait avant du côté de Bollaert.

Au RC Lens, il m’a manqué une ligne directrice dans la philosophie de jeu. J’ai aussi ma part de responsabilités par rapport à cette situation, j’étais capitaine et je n’aurais peut-être pas dû accepter, car je n’avais pas le discours en adéquation avec le système de jeu prôné.

Par contre, le RC Lens est un grand club avec un engouement exceptionnel et une ferveur des supporters assez irréaliste. J’y ai passé de grands moments avec un président affectueux qui m’a mis dans les meilleures conditions possibles pour réussir.

« Au RC Lens, Jean-Pierre Papin et Daniel Leclerq ne s’appréciaient pas »

 – Malheureusement, tu vas connaître une dernière saison catastrophique qui va se terminer avec la descente du RCL en Ligue 2. Comment as-tu vécu cette année si difficile pour la région lensoise?

Je l’ai très mal vécu. Nous ratons la qualification en Ligue des Champions lors du dernier match de la saison précédente à Troyes qui était déjà condamné à la Ligue 2. Mine de rien cette défaite est un mini-traumatisme, car Francis Gillot quitte le club et c’est Guy Roux qui devient l’entraîneur principal. Je ne prends aucun plaisir dans ces séances d’entraînement qui sont archaïques et malgré l’estime que j’ai pour les choses qu’il a accomplies à Auxerre, je me dis que les dirigeants du Racing se sont trompés en prenant Guy Roux.

Il fait le recrutement en prenant d’anciens joueurs auxerrois et reste deux mois avec nous. Attention, ce n’est pas lui qui est responsable de toute la saison, mais cette année commence très mal. Tu te retrouves aux portes de la Ligue des Champions la saison d’avant et même si tu perds Seydou Keita, il n’y avait peut-être pas d’intérêt à changer autant l’équipe.

Puis, Jean-Pierre Papin prend le relais et en cours de saison, il est associé à Daniel Leclercq. Je ne prétends pas connaître la vérité, mais lorsque tu associes deux personnes sur un banc et qu’elles ne s’apprécient pas, cette entente ne peut pas coller.

– Après ton passage au RC Lens, tu vas rejoindre le Dijon FC pour évoluer deux saisons en Ligue 2 avant de prendre ta retraite sportive. Comment se déroule ton passage de Lens au DFCO?

Pour dire à quel point cette dernière saison à Lens m’a affecté, j’ai cherché durant six mois une maison sur Toulouse car je voulais arrêter le football et m’installer dans ma région natale.

A la fin de la saison, je suis en fin de contrat et je veux malgré tout rester à Lens pour ne pas donner l’impression de quitter le navire. Je reçois des offres de Grenoble, Ajaccio et Dijon. Je refuse instantanément leurs avances en attendant la réponse du RC Lens à qui j’avais donné la priorité. Daniel Leclerq, avec qui le courant ne passait pas, ne souhaite pas me conserver. Au bout de quelques semaines, j’apprends que Lens ne proposera pas de contrat. Je suis donc libéré avec regrets moralement.

Le Président de Dijon insiste et m’invite à passer le week-end en Côte d’Or. Après quelques renseignements auprès d’amis footballeurs David Linarès et Maxime Poisson, je prends la décision de rejoindre le club dijonnais.

– Que peux-tu nous dire sur ces deux années passées dans les Côte d’Or?

J’ai un regret sur ces deux années c’est que nous avons démarré les deux saisons avec difficultés. Cela nous a pénalisé pour la suite du championnat et nous n’avons jamais pu accrocher le bon wagon pour espérer jouer les premiers rôles en Ligue 2. Nous terminons dans le ventre mou du classement, à la huitième place lors de la saison 2008/2009 et à la neuvième place la saison d’après.

A cette époque, Pierre-Emerick Aubameyang débutait avec nous, il y avait Sebastian Ribas en attaque et pas mal de joueurs trentenaires. Même si l’effectif vivait très bien ensemble, il manquait au groupe un peu de volonté de gagner et de gnaque que j’avais pu connaître à Lyon.

– En 2001, tu vas connaître les joies de la sélection en équipe de France. A cette occasion, tu vas participer à la Coupe des Confédérations qui verra la France s’imposer face au Japon en Finale. Peux-tu nous parler de cette compétition? Quels souvenirs gardes-tu de tes dix sélections en équipe de France?

La Coupe des Confédérations pour moi, c’était le Graal! Autant c’était pénible pour certains qui venaient d’être Champion du Monde et Champion d’Europe et qui souhaitaient partir en vacances, autant c’était jouissif d’un point de vue personnel. Je me souviens d’avoir Marcel Desailly dans l’avion à côté de moi, c’était énorme!

Par contre, une fois que ces joueurs étaient sur le terrain, c’était une autre histoire. Des machines à gagner, avec une volonté de vaincre à chaque petit jeu aux entraînements.

Avec l’absence de Zinedine Zidane et Johan Micoud, je débute le premier match en meneur de jeu face à la Corée. Je fais deux passes décisives et après un match de repos, j’enchaîne avec deux buts lors du troisième match de poule face au Mexique.

Je rentre en jeu face au Brésil en demi-finale et face au Japon en finale. Aux entraînements, nous jouions tout à deux touches de balle maximum et je prends énormément de plaisir avec des joueurs d’une qualité exceptionnelle.

 – Sur sa reconversion :

– A la fin de ta carrière, tu vas passer tes diplômes d’entraineur et intégrer Canal + où tu vas commenter les matchs de Ligue 1. Etait-ce une obligation pour toi de rester dans le milieu du football à la fin de ta vie de joueur? Comment s’est passée cette transition d’Eric Carrière joueur de football professionnel, à Eric Carrière consultant?

Ce n’était absolument pas une nécessité de travailler dans le football et cela ne l’est toujours pas d’ailleurs. Si demain, je n’ai pas de lien fort avec le football, je continuerais à vivre sans problème. J’aurais un manque au niveau du football si je ne pouvais plus pratiquer. Je préfère faire un match entre copains plutôt que de commenter un match de Ligue des Champions.

A la fin de ma carrière, c’est Dominique Armand avec qui j’avais évolué à Muret, qui, travaillant à Canal + me propose de faire un essai pour faire consultant au sein de la chaîne.

Je commence à commenter sur Foot + et je passe de temps en temps dans les Spécialistes et dans le Canal Football Club.

eric carriere canal +

– Depuis quelques années, tu deviens l’un des consultants les plus sollicités de la chaîne cryptée pour commenter les matchs et tu participes à de nombreuses émissions. Peux-tu nous parler de ta vie à Canal +? Quels sont tes objectifs au sein de Canal +? Quelles sont les personnes dont tu es le plus proche au sein de la chaîne?

L’évolution que j’ai eu au sein de Canal + me fait penser à ma carrière de joueur. Il ne faut pas croire que dès mon arrivée, j’ai commenté les grands matchs de Ligue des Champions. J’ai grandi petit à petit et il y a trois ans, j’ai effectué la saison en tant que consultant pour les matchs de Ligue des Champions.

Je ne vis pas à Paris donc je ne vois mes collaborateurs que pour les émissions ou les matchs. Je suis tout de même proche de Stéphane Guy avec qui je commente très souvent et de l’équipe de J+1, émission que je fais assez régulièrement depuis trois ans. Je participe très souvent aussi à l’émission 19h30 Sport.

« Pour l’instant, je ne me vois pas en tant qu’entraîneur »

– Malgré l’acquisition de tes diplômes d’entraîneur, tu n’as jamais été sur un banc de touche pour apporter ton vécu à un club français. A l’image de ton ancien coéquipier Mickael Landreau, souhaiterais-tu être à la tête d’un effectif professionnel? Ou sinon quel rôle aimerais-tu avoir au sein d’un club professionnel?

Dès ma fin de carrière de joueur, je passe mes diplômes d’entraîneur et de manager. Je pense que cette expérience me plairait et d’ailleurs on me pose souvent cette question, mais si je rentre dans une structure, je ne serais plus maitre de mon temps. Je redeviendrais salarié et aujourd’hui j’arrive à un âge où j’ai envie d’avoir le choix.

Je reçois des propositions pour entraîner et je ne dis pas que je le ferais jamais, mais j’ai d’autres priorités pour le moment.

– Tu es à la tête d’une entreprise dans le vin qui se nomme Caves-Carriere (www.caves-carriere.fr) et qui se situe à Dijon. Comment as-tu développé cette activité?

J’ai créé cette activité avec mon épouse et avec une amie qui vendait du vin sur Lyon. Notre cave est sur un créneau de vins que l’on ne trouve pas forcément dans les grandes surfaces.

Nous bossons avec deux-cent cinquante domaines sur plus de deux-mille références. J’ai observé, j’ai pris conscience de ce que je savais faire et pas faire, je me suis entouré notamment sur le plan commercial et nous sommes aujourd’hui sept dans la société.

Il y a un an, nous avons fait construire un espace plus en adéquation avec les attentes des clients et de l’attractivité de la société.

Je fais beaucoup le parallèle entre le football et mon activité dans le vin. J’adore d’ailleurs travailler avec mon équipe actuelle comme j’ai pu le faire avec les effectifs que j’ai connues durant ma carrière. Chacun a un rôle au sein de l’entreprise comme ce qu’il se fait dans un club professionnel.

eric-carriere--vin

 – Sur les joueurs qu’il a côtoyés :

« S’entraîner avec Essien et Diarra tous les jours est la preuve que le football de haut-niveau est difficile »

 – Quel est le joueur le plus rugueux que tu as connu?

Si je parle de rugueux, je dirais Michael Essien et Mahamadou Diarra. La preuve que le football de haut-niveau est difficile, c’est lorsque tu effectues des entraînements tous les jours avec ces deux monstres physiques. Il dégage une telle intensité que parfois il faut savoir éviter le contact.

Si je parle de joueurs méchants, je pourrais parler de Modeste M’Bami. Lorsqu’il évoluait avec Sedan, il m’avait chopé et c’était le genre de joueur qui pouvait faire mal volontairement.

– Quel est le joueur le plus drôle avec qui tu as joué? Peux-tu nous citer une anecdote?

Tony Vairelles lorsque je jouais à Lyon. Il était très bon pour imiter les phrases de films. Je me suis bien marré aussi avec Olivier Monterrubio que j’ai côtoyé à Nantes et à Lens.

– Quels sont tes meilleurs amis issus du monde du football?

David Linarès et Sébastien Poisson que j’ai côtoyé au niveau amateur. L’éloignement avec certains fait que l’on se perd un peu de vue, comme par exemple Nicolas Gillet, Frédéric Da Rocha, Christophe Delmotte, Grégory Coupet, Jean-Marc Chanelet.

– Quel est le joueur que tu as perdu de vue et que tu aimerais revoir?

Il y en a plusieurs, mais Nestor Fabbri et Viorel Moldovan. Ce sont deux joueurs de l’époque nantaise qui m’ont donné de l’affection et que j’admirais. Je n’ai pas eu la chance de jouer à l’étranger durant ma carrière, mais j’ai été admiratif de l’adaptation qu’ils ont eu lorsqu’ils sont arrivés au FCNA. Ils ont fait preuve d’une grande intelligence pour cela.

– Quelle est la plus grosse « gueulante » de vestiaire à laquelle tu as pu assisté?

Les gueulantes m’ont toujours dérangé dans ma carrière. Je ne trouve pas nécessaire de faire « trembler les murs » pour assoir son autorité ou faire passer un message. Par exemple, Raynald Denoueix n’a jamais élevé la voix dans le vestiaire, par contre il savait se faire respecter.

J’ai souvenir que lors d’un match où il me sort alors que j’avais réalisé deux passes décisives, je montre mon mécontentement. Le lendemain, à l’entraînement, il m’avait fait m’excuser devant tout le groupe.

Au niveau des entraîneurs, j’ai été marqué par Roger Lemerre. J’avais une relation dans l’affect, un peu « père-fils ». Cela m’a manqué au cours de ma carrière de ne pas retrouver cette sensation avec un autre entraîneur. J’étais prêt à de nombreux sacrifices pour qu’il ne lui arrive rien.

– Un dernier mot pour les lecteurs du Blog de Jayjay?

Continuez à prendre du plaisir, que ça soit dans le football, mais aussi dans la vie. C’est d’ailleurs plus facile à transmettre quelque chose si tu te fais plaisir en le faisant.

Il faut se donner les moyens de réussir et se fixer des objectifs pour y arriver. Le jour où tu as tout donné, si ça ne marche pas, alors tu n’auras pas de regrets. Nous sommes dans une société de concurrence, alors il faut se battre pour accéder à ce que l’on veut.

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