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En tête-a-tête avec Aurelien Collin

C’est avec un Aurélien Collin totalement épanoui que j’ai eu la chance d’échanger. A la sortie d’un match de pré-saison face au Real Salt Lake avec son club des New York Red Bulls, le sympathique défenseur s’est montré très disponible et a gentiment répondu à mes questions. Au fur et à mesure de l’entretien, j’ai bien senti qu’il vivait « un rêve américain » et qu’à trente ans, sa motivation et son envie de réussir à New York était très forte. Encore un excellent moment passé en compagnie d’un joueur d’une grande simplicité, que je vous invite à découvrir avec un très grand plaisir.

– Bonjour Aurélien, originaire d’Epinay-sur-Seine, tu débutes le football en Ile-de-France. A l’âge de quinze ans, tu intègres le centre de formation du Stade de Reims, puis celui de Sedan. Peux-tu nous raconter cette période, de tes premiers pas de footballeur, au centre de formation de Sedan?

A l’âge de deux ans, ma famille et moi quittons Epinay-sur-Seine pour habiter à Fontenay-le-Fleury dans les Yvelines. C’est d’ailleurs en hommage à ce département que je porte le numéro 78 sur mon maillot. J’ai commencé le football dans la rue avec mes amis et à treize ans, je suis parti au FC Versailles où je suis resté deux ans. Après cela, j’ai pris la direction du centre de formation de Reims où je deviens quasiment titulaire tous les matchs avec l’équipe de CFA pendant deux ans, mais on ne m’offre pas de contrat professionnel à la fin de la deuxième année. Je choisis donc d’aller à Sedan, où j’alterne entre les -18 Nationaux et la CFA, mais on ne m’offre pas non plus de contrat professionnel.

– Après Sedan, tu rejoins Amiens SC durant une saison, puis tu choisis de t’exiler en Espagne, en signant au RCD Mallorca. Quelles sont les raisons de ce départ à l’étranger? Pourquoi avoir opté pour Majorque?

A Amiens, je n’ai pas eu l’opportunité d’évoluer avec les professionnels, je choisis donc de rejoindre l’Espagne, pour effectuer un essai à Majorque. L’essai est concluant et je signe là-bas. J’évolue avec la réserve, mais je m’entraîne assez souvent avec l’effectif professionnel, même si je ne vais pas disputer de matchs en Liga, je joue en Coupe d’Espagne.

– Au bout d’un an, tu choisis de quitter les Baléares et ton tour d’Europe va commencer. En effet, en deux ans, tu vas connaître trois clubs différents, dans trois pays différents. Tout d’abord, tu évolues à Gretna FC (Ecosse), puis Panserraikos (Grèce) et pour finir Wrexham (Angleterre). Que peux-tu nous dire sur ces trois expériences?

Je garde un très bon souvenir de mon passage en Ecosse. Notamment, les confrontations face au Glasgow Rangers et au Celtic Glasgow. Je suis titulaire pour la première fois de ma carrière dans un championnat respectable (Première Division Ecossaise). Tout se passe bien, jusqu’à ce que le président du club décède. C’est son fils qui reprend les rênes du club, mais ça ne se passe pas bien avec lui car sa façon de gérer le club ne me correspond pas.

En Grèce, je connais beaucoup d’instabilités, de retard de salaire. J’évolue tout de même, dans un beau championnat face à de belles équipes (Olympiakos, Panathinaikos, etc…), cependant les retards de salaire s’accumulent et j’ai une proposition pour évoluer en Angleterre.

Le transfert dans le club anglais tombe à l’eau et je me retrouve sans club au mois de mars 2009. Un agent me parle de l’intérêt d’un club gallois évoluant en cinquième division anglaise, où je pourrais finir la saison, en attendant le mercato d’été, je signe donc à Wrexham.

– Puis, tu rejoins le Vitoria Setubal qui évolue en Première Division Portugaise. Durant deux saisons, tu vas montrer toutes tes qualités au sein de la défense des « Sadinos ». Quels souvenirs gardes-tu de ton passage au Portugal?

Le championnat portugais possède deux têtes d’affiche : le Benfica Lisbonne et Porto. Hormis pour ces deux clubs, la majorité des matchs se joue dans des stades vides. Au niveau des infrastructures de Setubal, ce n’était pas le top. J’ai beaucoup aimé par contre la vie au Portugal qui était magnifique.

– A l’âge de vingt-cinq ans, tu quittes le Portugal et rejoins la Major League Soccer et le club de Kansas City où ta carrière va vraiment décoller. Pourquoi être parti du Vitoria Setubal? Qu’est-ce qui t’as plu dans le challenge américain? As-tu reçu des offres d’autres clubs?

A Setubal, j’ai des retards sur le versement de mes salaires. De plus, j’avais besoin d’un nouveau challenge. Durant ma carrière en Europe, j’ai eu pas beaucoup de déception en terme de transfert. Lorsque je suis en Ecosse, la Lazio de Rome me contacte, mais le transfert capote. A Setubal, tous les papiers pour signer au FC Porto sont prêts et au dernier moment la transaction échoue sans que je sache pourquoi. Avant que je parte à Kansas City, Valenciennes vient me superviser et je fais le pire match de ma vie. Je me suis dit que c’était le destin et que je n’arriverais pas à faire mon trou en Europe.

Depuis tout petit, je rêve de vivre aux Etats-Unis. J’ai baigné dans la culture Hip-Hop américaine, je saisis donc ma chance sans aucun regret.

– En signant aux Etats-Unis, tu découvres un nouveau continent, ainsi qu’un nouveau football. Comment s’est passée ton adaptation au sein du club? Quelles sont les personnes qui ont été importantes pour toi en tant que footballeur, mais aussi en tant qu’homme?

J’arrive dans un des rares clubs de la ligue qui n’a pas un système de jeu anglo-saxon. Grâce à l’entraineur en place à Kansa City, qui a une philosophie de jeu basée sur la technique et la tactique, je ne suis pas dépaysé par le football pratiqué par mon équipe. Au niveau des installations, ce sont les meilleures que j’ai pu connaitre depuis le début de ma carrière. Ce fût donc très facile de s’adapter rapidement.

– Tu vas devenir un titulaire indiscutable de la défense de Kansas et tes performances font de toi l’un des meilleurs défenseurs de la MLS. Tu vas gagner la Coupe des USA et le championnat. Tu vas même être sélectionné pour évoluer avec l’équipe des Etoiles MLS. Quels sont tes meilleurs souvenirs de cette période? Quelles ont été tes impressions lorsque tu as évolué avec l’équipe des Etoiles?

J’arrive en 2011 et on finit meilleure défense de la MLS. L’année suivante, on gagne la Coupe et je participe au match des étoiles face à Chelsea, où d’ailleurs je me fracture la pommette dans un choc avec Michael Essien. Les deux années qui suivent, je participe encore au match des étoiles, mais surtout on est champion en 2013. Je marque au match aller et retour de la demi-finale, ainsi qu’en finale face au Real Salt Lake. De plus, c’est moi qui inscris le tir au but décisif qui nous fait devenir champion. Je suis élu meilleur joueur de la finale, une année de rêve pour moi! C’est le meilleur souvenir de ma vie.

« Barack Obama m’a dit que j’étais stylé! »

– En 2014, tu es reçu, avec ton équipe du Sporting Kansas City, à la Maison Blanche par le président Barack Obama. A cette occasion, il t’a fait une remarque humoristique sur ton costume. Qu’est-ce qui s’est passé exactement le jour de cette réception? Que peux-tu nous dire sur tes émotions ce jour-là?

 Aux Etats-Unis, lorsque tu es champion d’un sport dans un championnat majeur, tu es reçu à la Maison-Blanche, c’est un rituel. Durant son discours Obama me vanne sur ma tenue, c’est une belle reconnaissance, surtout pour ma ligne de vêtements.

En gros, il dit qu’une fois son mandat terminé, il veut s’habiller comme moi, car je suis stylé (Rires).

– A la fin de la saison 2014, tu quittes Kansas et signes dans une nouvelle franchise, à Orlando. Pourquoi ce choix? Qu’est-ce qui t’as plu dans ce nouveau projet?

 En 2014, la philosophie du coach de Kansas City n’était plus en adéquation avec la mienne. De plus, nous n’avons pas réussi à nous entendre avec la direction du club, sur les termes d’un nouveau contrat. Orlando m’a contacté, ils ont été justes et en plus ça m’offrait la possibilité d’évoluer avec Kaka. Quatre ans dans un club, j’avais l’impression d’avoir fait le tour et le nouveau projet d’Orlando m’a plu.

– Tu vas jouer un an en Floride et après une bonne première saison, cela ne va pas bien se passer en début de deuxième année. Tu vas être transféré au New York Red Bulls. Que peux-tu nous dire sur cette année à Orlando? Que s’est-il passé exactement?

Je fais une année correcte où je joue tous les matchs de la saison, mais les résultats de l’équipe sont insuffisants. Lors de la pré-saison de la deuxième année, je me sens délaissé. L’entraineur ne me parle pas, je ne joue pas les matchs amicaux et j’évolue avec l’équipe réserve sans aucune explication.

– L’année dernière, tu as donc rejoint les NY Red Bulls, une des valeurs sûres du championnat. Que peux-tu nous dire sur ton nouveau club? Quels sont tes objectifs personnels et ceux des New York Red Bulls?

New York a essayé de me recruter en 2013 et 2014, mais cela ne s’est jamais réalisé. C’est un des deux plus gros clubs, avec les Los Angeles Galaxy, de la Ligue. Au niveau professionnalisme, c’est la perfection. Je rêvais de ça depuis que je suis arrivé aux Etats-Unis. L’année dernière, on remporte la Conférence Est, mais on n’a pas été bon en Play-off. Cette année, l’objectif est de faire mieux en Play-Off et d’un point de vue personnel, je dois m’améliorer dans certains domaines, afin d’être le meilleur joueur possible.

– Le football prend de plus en plus d’ampleur aux Etats-Unis. Au niveau du football en général, dans quels domaines les américains sont en avance par rapport à l’Europe?

L’Europe a beaucoup à envier aux Etats-Unis en terme d’infrastructures surtout. Je ne parle pas des équipes du gratin européen, mais par exemple, les clubs du milieu de tableau en Ligue 1, sont très loin des infrastructures des clubs américains. Ce que je recherchais, je l’ai trouvé aux Etats-Unis.

« Je veux gagner un titre avec les Red Bulls »

– Tu rentres dans ta septième année sur le continent américain, où tu es devenu un joueur majeur de la MLS. Aimerais-tu revenir, tout de même dans le championnat de France ou en Europe? Penses-tu finir ta carrière aux Etats-Unis?

Aujourd’hui j’ai trente ans, je me sens très bien, j’ai joué tous les matchs la saison dernière. On verra bien ce qui peut se passer dans le futur, mais actuellement, je suis à 100% dans mon club et ma saison. Ici, la vie est magnifique et j’aimerais vraiment gagner un titre à New York. Pour que je parte du plus grand club de la MLS, il faudra vraiment que ça soit une offre qui ne puisse pas se refuser.

– Quels sont les coéquipiers qui t’ont le plus impressionné depuis le début de ta carrière? Quels sont les adversaires qui t’ont donné le plus de mal?

En Europe, j’ai affronté des grands joueurs, mais cela s’est toujours bien passé, que ça soit face à Hulk ou Angel Di Maria par exemple. En MLS, les matchs face à Didier Drogba ou Thierry Henry n’étaient jamais faciles. C’est difficile aussi contre des joueurs comme Sebastian Giovinco, qui sont petits et qui vont vite.

Au niveau des coéquipiers, à Majorque, Ariel Ibagaza était impressionnant, il y avait Diego Tristan aussi qui avait une efficacité redoutable. Durant le match des étoiles, j’apprenais énormément de Thierry Henry. S’entrainer avec un joueur comme lui, t’apprends énormément de choses. J’aurais adoré jouer avec lui à New York, malheureusement, je suis arrivé un an trop tard. Bien entendu, il y a aussi Kaka. Il ne parle pas beaucoup, mais c’était un leader dans sa personnalité. Sa façon d’être est exemplaire, il ne s’énerve quasiment jamais.

– Quels sont tes meilleurs amis dans le football?

Julio Cesar que j’ai rencontré à Kansas City et qui a évolué au Real Madrid. C’est lui qui m’a fait rencontré ma femme. Il y a aussi Ronald Zubar, avec qui j’ai peu joué, mais je le considère comme un bon ami.

– Quels sont les joueurs les plus blagueurs avec qui tu as joué?

Thierry Henry est très marrant. Chaque fois que nous nous sommes croisés pour le match des étoiles, il m’a fait mourir de rire. En plus c’est un chambreur hors du commun.

– Un dernier mot pour les lecteurs du Blog de Jayjay?

Regardez plus la MLS, c’est une ligue très intéressante. L’image en France de la MLS est mauvaise et c’est un tort, car le niveau est assez proche des équipes de milieu de tableau de la Ligue 1.

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