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Le Kestu2viens avec Daniel Cousin

C’est un monument du football gabonais que j’ai eu la chance d’interviewer. Daniel Cousin fût, au début des années 2000, l’un des attaquants les plus en vues de la Ligue 1 que ça soit avec Le Mans ou le RC Lens. Buteur au gabarit imposant, il a accepté de revenir sur sa belle carrière avec sympathie et honnêteté.

Devenu manager général de la sélection gabonaise, il s’exprime aussi sur la nouvelle génération des Panthères, emmenée par le nouvel attaquant d’Arsenal, Pierre-Emerick Aubameyang.

Un entretien rempli d’anecdotes et sans langue de bois, d’un personnage très humble du football africain, pour le plus grand plaisir des lecteurs du Blog de Jayjay.

SUR SA CARRIERE :

– Bonjour Daniel, tu nais à Libreville au Gabon et arrives en France à l’âge de trois ans. Tu vas faire tes premiers pas de footballeur dans des clubs près de Marseille, avant de rejoindre le FC Martigues pour finir ta formation. Peux-tu nous raconter ton enfance? Comment se sont passés tes premiers pas de footballeur dans l’Hexagone?

Je prends ma première licence de footballeur au SO Cassis. Je joue là-bas jusqu’à l’âge de seize ans, où je rejoins l’US Michelis, près de Marseille. Deux ans après, je signe à Martigues pour y intégrer le centre de formation.

– Lors de la saison 1997/1998, tu vas faire tes premiers pas chez les professionnels à Martigues où tu vas évoluer en Ligue 2. Que peux-tu nous dire sur tes débuts en équipe première? Peux-tu nous parler de cette saison du côté du stade Francis-Turcan?

C’était la découverte du milieu professionnel. Au départ, ce n’était pas prévu que je joue titulaire, mais les deux attaquants qui étaient devant moi dans la hiérarchie se sont blessés. L’entraîneur m’a alors donné ma chance et j’ai su la saisir.

Malheureusement, cela c’est mal terminé car nous sommes descendus à la fin de la saison.

C’était quand même une belle expérience et cette année à Martigues reste un excellent souvenir personnel.

– Tu vas quitter les Bouches-du-Rhône et rejoindre les Chamois Niortais qui se trouvent en Ligue 2 également. Tu vas rester durant deux saisons au club et participer à une cinquantaine de matchs de championnat pour un total de cinq buts marqués. Que retiens-tu de ton passage chez les Chamois? Comment expliques-tu ce petit nombre de buts marqués durant ces deux années?

Lorsque j’arrive au club, je me fais une rupture du tendon rotulien durant le premier match de championnat. J’avais eu des douleurs en fin de saison à Martigues, mais j’avais serré les dents, car nous jouions le maintien et je l’ai payé à mon arrivée à Niort.

Je ne joue pas pendant quatre mois et pendant ce temps, le club recrute Jérôme Lempereur pour me remplacer. Lorsque je suis de nouveau apte à jouer, le club était dans une bonne période. Philippe Chanlot et Jérôme Lempereur marquaient des buts, j’ai dû m’assoir sur le banc et me contenter de bout de matchs.

La deuxième année, j’avais perdu confiance en moi. C’était la première fois que je me retrouvais face à une telle concurrence et j’ai émis le souhait de partir de Niort.

« J’ai signé au Mans, car il faisait confiance aux jeunes et je devais remplacer Didier Drogba »

– Ensuite, c’est au Mans que tu vas faire tes valises et que ta carrière va prendre de l’ampleur. Après une première saison d’adaptation, tu vas réaliser deux saisons pleines et faire parler tes qualités de buteur. Lors de la saison 2002/2003, tu vas inscrire quinze buts et connaître la montée en Ligue 1. Quel a été le déclic pour toi durant ton passage au Mans? Que peux-tu nous dire sur l’année de la montée?

Le Mans cherchait un attaquant pour remplacer Didier Drogba qui partait à Guingamp. C’était un club qui faisait confiance aux jeunes et c’est pour cela que j’ai choisi de partir là-bas.

A mon arrivée au Mans, je suis parti de zéro. Durant trois mois, je n’ai fait essentiellement que du spécifique et du travail physique. Je ne m’entraînais que très peu avec le groupe.

A cette époque, Le Mans était en avance au niveau de la technologie, nous travaillions déjà avec des cardio-fréquencemètres, les montres GPS. Ils ont tout de suite su ce que j’avais besoin pour revenir en forme.

La première saison, je marque six buts, mais je me sens au top physiquement grâce à cette remise à niveau. J’enchaîne les deux saisons qui suivent en inscrivant douze et quinze buts.

L’année de la montée, j’avais la confiance totale de l’entraîneur Thierry Goudet. Nous avions réussi à monter avec un effectif qui respirait la bonne humeur. C’était un mélange d’anciens et de jeunes joueurs qui s’entendaient très bien. J’étais vraiment épanoui sur le terrain et cela s’est ressenti sur le terrain.

Daniel Cousin Lens

– Malheureusement, la saison suivante Le Mans va terminer dix-neuvième de Ligue 1 et retourner en Ligue 2. Tu vas quitter le club et prendre la direction du RC Lens qui vient de finir à la huitième place de Ligue 1. Que vous a-t-il manqué pour vous maintenir? Pourquoi avoir choisi le RC Lens? As-tu reçu des offres d’autres clubs?

Je pense que les dirigeants ont fait l’erreur de changer à 70% l’équipe qui venait de monter. Nous avions un groupe solide, qui était sur la dynamique de la montée et cela nous a pénalisé sur notre début de saison. Les automatismes ont mis du temps à se mettre en place et les résultats furent moyens durant cette période (première victoire en championnat lors de la treizième journée).

Au final, nous descendons pour un point et je ne peux m’empêcher de croire que ce sont nos dix premiers matchs de la saison qui nous pénalisent.

D’un point de vue personnel, c’était la découverte de la Ligue 1 et j’inscris onze buts. Disons que j’ai plutôt fait une bonne saison dans l’ensemble.

En fin de saison, Francis Collado, que j’avais connu à Martigues, m’appelle pour que je le rejoigne à Lens. Malgré des contacts en Angleterre, mais aussi avec Rennes, Toulouse et Nice, je fais le choix de partir chez les Sang et Or. Je prends cette décision car j’appréciais ce qui se dégageait du club et je connaissais déjà des personnes de confiance qui étaient en place là-bas.

« A Lens, j’ai évolué avec de grands joueurs comme Seydou Keita ou Alou Diarra »

– Durant trois saisons dans le Pas-de-Calais, tu vas t’imposer comme l’avant-centre titulaire de l’attaque lensoise où tu vas même inscrire treize buts durant la saison 2005/2006. Quelles sont les personnes qui t’ont marqué durant ton passage chez les Sang et Or? Que retiens-tu de ton expérience lensoise?

Je retiens surtout l’exigence d’un grand club. J’ai touché le haut-niveau en rejoignant le RCL.

Durant ma première saison, nous avons connu le même problème que lors de mon année au Mans. Beaucoup d’anciens joueurs ont arrêté à cette époque comme Charles-Edouars Coridon, Wagneau Eloi et nous sommes sept nouveaux joueurs à être arrivés cette saison-là. Il y avait entre autres Hilton, Jérôme Leroy, Eric Carrière, Alou Diarra, or nous étions tous titulaires en début de saison. Du coup, le temps que la mayonnaise prenne, les trois premiers mois ont été difficiles. Par la suite, nous faisons une bonne deuxième partie de saison et j’inscris neuf buts.

Lors de la saison suivante, j’inscris treize buts et finis quatrième meilleur buteur de Ligue 1. Nous finissons à la quatrième place du championnat, à seulement deux points d’une place qualificative pour la Ligue des Champions. C’est l’une de mes meilleures saisons de ma carrière au sein d’un effectif soudé et rempli de talents.

L’époque lensoise reste un très bon souvenir personnel. Déjà, au niveau du public, c’était extraordinaire l’ambiance qu’il y avait à Bollaert. J’ai joué avec de grands joueurs comme Seydou Keita, Jérôme Leroy, Hilton, Alou Diarra qui m’ont permis de jouer la Coupe d’Europe et d’être l’un des meilleurs buteurs de l’Europa League en 2005/06.

Cousin Glagow Rangers

– L’année suivante, tu vas quitter la France et signer aux Glasgow Rangers qui évolue en Division 1 Ecossaise. Pourquoi avoir quitté le RC Lens? Quels souvenirs garderas-tu de ton année en Ecosse?

Lors de ma troisième année, je devais signer à l’AS Monaco au mercato d’hiver. Or, les choses ne se sont pas bien faîtes et je suis resté au RCL. Cependant, j’avais dis dans la presse que je voulais partir et les supporters de Lens ne me l’ont pas pardonné. Du coup, à l’intersaison, n’étant plus en phase avec le club, je veux absolument quitter le Pas-de-Calais et je rejoins don les Glasgow Rangers.

C’est un souvenir magnifique. Je découvre la Ligue des Champions avec une ambiance extraordinaire. Pour mon premier but dans cette compétition, je marque à Gerland face à l’Olympique Lyonnais lors de notre victoire trois à zéro.

Nous finissons deuxième du championnat, mais nous gagnons la Coupe d’Ecosse. Les matchs à domicile se jouent devant 50000 personnes, avec une mentalité fantastique. Bref, mon histoire écossaise restera gravée à jamais en moi.

« Avec du recul, je regrette d’avoir quitté les Glasgow Rangers pour signer à Hull City »

– Les saisons suivantes, tu vas évoluer à Hull City en Premier League Anglaise, puis à Larissa dans le championnat grec de Division 1. Comment se sont passées ces trois années? As-tu des regrets sur cette période de ta carrière?

Je me sentais bien à Glasgow, mais au début de ma deuxième saison, j’avais demandé une revalorisation salariale qui m’a était refusée. J’ai eu une proposition de Hull City qui était plus en accord avec ce que je demandais et je suis donc parti en Angleterre.

Aujourd’hui, je regrette cette décision, car au niveau financier c’était bien d’évoluer à Hull, mais sportivement c’était pas l’idéal. L’équipe venait de monter en Premier League et le niveau de l’effectif était pas exceptionnel. Nous avons vécu une année galère et je n’ai pas pris beaucoup de plaisir dans ce club.

Je décide de quitter Hull pour rejoindre Larissa, où pour être honnête, je signe car j’ai un bon contrat, même si à la fin, je n’ai pas été payé totalement (Rires). J’avais trente-quatre ans et je me voyais finir ma carrière en Grèce.

Sportivement, j’ai inscris huit buts pour le club grec, mais c’était difficile du fait que nous n’étions pas payé certains mois et nous sommes descendus en deuxième division.

– Tu vas finir ta carrière au FC Sapins, club de Première Division Gabonaise, où tu vas rester deux saisons. Comment s’est passé ce retour aux sources?

Le directeur sportif du FC Sapins, Pierre Aubameyang, qui est le père du joueur d’Arsenal, me téléphone, alors que je viens de quitter la Grèce pour me demander si je voulais tenter l’aventure avec lui. Dans le même temps, j’avais des contacts avec le Servette de Genève, mais financièrement cela n’a pas pu se faire.

Il m’expose sa proposition en me disant qu’il y a une possibilité de reconversion en équipe nationale du Gabon. J’ai donc rejoint le club où je suis resté deux ans.

C’était une bonne expérience et je pense avoir bien aidé le club dans son championnat en marquant notamment un triplé dés mon premier match..

SUR L’EQUIPE NATIONALE :

– En 2000, tu vas connaître ta première sélection en équipe nationale du Gabon face à l’Afrique du Sud. Quels sont les joueurs qui t’ont facilité l’adaptation dans le groupe? Comment s’est déroulée cette première convocation chez les Panthères?

Je n’ai pas gardé un souvenir impérissable de cette période. Lors de ma première sélection, je ne connaissais personne, tous les joueurs évoluaient dans le championnat gabonais. Nous étions seulement deux à évoluer en Europe et je me suis senti seul lors de ce rassemblement. Du coup, je ne peux pas dire qu’un joueur a vraiment facilité mon adaptation avec les Panthères.

Par la suite, je suis venu les trois fois suivantes, puis je n’ai plus joué en sélection durant six ans. J’ai clairement privilégié ma carrière en club au vues des difficultés rencontrées lors des rassemblements avec mon pays.

– Tu vas porter le maillot du Gabon à cinquante-cinq reprises durant ta carrière. Quels sont tes meilleurs souvenirs en sélection?

Mon meilleur souvenir reste la Coupe d’Afrique des Nations 2012, avec notamment le huitième de finale face au Maroc. Je marque un but juste après mon entrée en jeu et nous gagnons trois buts à deux dans les arrêts de jeu. C’était une ambiance extraordinaire, je n’avais jamais vu au Gabon.

Malheureusement, ce match-là et cette compétition au pays auraient dû nous servir de tremplin, mais ce ne fût pas le cas.

 « Le Gabon a une excellente génération, mais je n’aimerais pas qu’elle se gâche à cause du comportement des uns et des autres »

– Aujourd’hui, tu es le manager général de la sélection organisatrice de la dernière CAN en 2017. Que penses-tu de la génération actuelle des Panthères?

Actuellement, je pense que nous avons l’une des meilleures générations pour représenter le Gabon. Bien sur, il y a Pierre-Emerick Aubameyang, mais aussi Mario Lemina, Didier Ndong et de nombreux joueurs évoluant dans de bons clubs.

Par contre, c’est une mentalité différente de notre époque. Il y a beaucoup plus d’argent et de personnes qui gravitent autour de nos jeunes. Il faut donc être plus méfiant, car les joueurs se dispersent un peu plus lorsqu’ils sont en sélection. Tout ce qui se passe autour du football maintenant c’est dommageable et cela ne fait pas du bien au Gabon.

SUR LES JOUEURS QU’IL A CÔTOYÉS :

– Quels sont tes meilleurs amis issus du monde du football?

Didier Drogba, qui m’a invité l’année dernière à passer une semaine chez lui à Abidjan. Il y aussi Fabrice Pancrate.

– Quels sont les joueurs les plus blagueurs que tu as connu? As-tu une anecdote à nous raconter?

Yohan Demont que j’ai connu à Lens et Philippe Celdran. Ce sont des gars qui passent leurs temps à rigoler, à chambrer, il fallait pas te louper dans ta tenue vestimentaire, sinon tu étais mort (Rires). Une fois, Yohan Demont il était rentré dans le vestiaire déguisé en pirate et tout le monde était explosé de rire. (Rires)

« J’ai eu énormément de mal face à Lilian Thuram, c’est le meilleur défenseur que j’ai affronté »

– Tu étais un avant-centre au gabarit imposant (1.86m, 85kg) qui n’hésitais pas à aller au duel. Quels sont les joueurs les plus physiques que tu as rencontré durant ta carrière?

J’ai eu énormément de mal contre Lilian Thuram. Je l’ai rencontré lors du match de Ligue des Champions entre Glasgow et Barcelone. Chaque fois que je me retournais, il était derrière moi. Il avait un sens du placement et de l’anticipation incroyable. J’étais obligé de redescendre chercher des ballons très bas sur le terrain pour pouvoir avoir le ballon.

Il y avait Sébastien Squillaci aussi lorsqu’il jouait à Monaco et à Lyon qui était redoutable.

– Quel est le joueur le plus méchant que tu as affronté?

Cyril Jeunechamp. C’était un fou, il était fatigué le garçon. Il cherchait systématiquement le rapport de force. Une fois, il jouait à Rennes et il était venu dans notre vestiaire pour chercher Fernando D’Amico et se battre avec lui.

Il y avait Cyril Rool aussi, mais lui c’était moins méchant que Jeunechamp.

– Avec quels anciens coéquipiers irais-tu sur une ile déserte?

Hilton, il est très gentil et intelligent. Cela pourrait servir sur une île déserte!

– Quel est la plus grosse « gueulante de vestiaire » à laquelle tu as assisté?

C’était entre Thierry Goudet et Eddy Capron, lorsque je jouais au Mans. Lors d’un match amical face à Châteauroux, ils se sont insultés à la fin de la rencontre et c’était très chaud!

– Actuellement, quelles sont tes activités professionnelles et sportives?

J’ai eu le Diplôme d’Entraîneur de Football (DEF), l’année dernière et normalement, je devrais passer mon Diplôme d’Etat Supérieur (DES) en septembre. Je lis énormément de livres sur le football, je regarde de nombreux matchs, car j’aimerais vraiment me lancer dans le métier d’entraîneur.

– Un dernier mot pour les lecteurs du Blog de Jayjay?

Ça va être rapide, mais étant supporter de l’Olympique de Marseille depuis mon enfance, je dirais : Allez l’OM! (Rires)

JayjayLe Kestu2viens avec Daniel Cousin

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