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Le Kestu2viens avec Richard Trivino

C’est vraiment une superbe rencontre que j’ai eu la chance de faire avec Richard Trivino. C’est surtout un joli cadeau qu’il m’a fait ainsi qu’aux lecteurs du Blog de Jayjay. En effet, c’est une des premières fois qu’il accepte de revenir sur sa belle carrière au plus de trois-cent matchs en professionnel.

L’enfant de Gueugnon nous raconte entre autres, ses débuts sur le rectangle vert dans sa région natale, la finale de la Coupe de la Ligue remportée face au Paris Saint-Germain et son passage mouvementé au FC Metz.

D’une grande gentillesse et très humble, l’ancien portier, devenu manager général des Forgerons, se livre dans un entretien rempli d’anecdotes et de nostalgie.

SUR SA CARRIÈRE :

Bonjour Richard, né à Paray-le-Monial, tu débutes le football à l’âge de six ans dans le club de Gueugnon. Tu vas y évoluer jusqu’à l’intégration de l’effectif professionnel. Que peux-tu nous dire sur tes premiers pas sur le rectangle vert?

J’ai débuté le foot assez tardivement, car c’était assez secondaire pour moi. D’un jour à l’autre, je me suis à le suivre et étant de Gueugnon, je me suis logiquement inscrit dans le club de ma ville.

Mon ascension au sein du club fût difficile d’un point de vue psychologique. Le FCG avait déjà vu passer mon père et mon oncle au niveau professionnel, je portais donc un nom qui était assez connu dans ce club. Du coup, il y avait forcément des attentes à mon égard.

J’avais peut-être moins de qualité que certains, mais j’ai travaillé comme un fou pour y arriver.

– A l’âge de vingt ans, tu vas faire ta première apparition en Ligue 2 avec les Forgerons contre le FC Lorient. Comment s’est passé ce moment si important dans la carrière d’un joueur? Quels étaient les joueurs qui ont facilité ton adaptation?

Au niveau de l’adaptation, Jean-Philippe Forêt qui était titulaire dans les buts à l’époque, a vraiment été au top. Il m’a appelé la veille du match pour me rassurer et me conseiller. Il y avait Jean Acédo aussi, qui a était très proche de moi durant le match et même durant tout mon passage au FCG.

Nous avions gagné un à zéro et cela c’était plutôt bien passé pour moi, grâce notamment à l’aide de ces deux joueurs.

« L’année de la victoire finale face au PSG, je ne devais même pas jouer la Coupe de la Ligue »

– Durant trois saisons, tu seras utilisé en tant que doublure et ce n’est que lors de la saison 1999/2000, que ta carrière va vraiment décoller. En effet, tu vas permettre la qualification du FC Gueugnon en finale de la Coupe de la Ligue  que vous allez remporter en battant le Paris SG en finale. Peux-tu nous raconter ce magnifique parcours du club de la Saône-et-Loire? Qu’as-tu ressenti au soir de la victoire finale?

Cette année-là, je devais jouer la Coupe de France et Philippe Schuth, l’autre gardien, la Coupe de la Ligue. Philippe s’étant cassé un doigt, j’ai disputé le quart de finale de la Coupe de la Ligue face à Strasbourg. Nous l’emportons deux à zéro et je participe à la demi-finale face au Red Star qui nous verra gagner dans une séance de tirs au but qui est restée dans les annales. En effet, j’arrête le onzième pénalty et je marque le mien juste après, ce qui nous qualifie pour la finale face au PSG.

Je pense sincèrement que c’est le scénario de la demi-finale qui me permet de disputer la finale. Alex Dupont aurait préféré faire jouer Philippe Schuth qui était revenu de blessure, mais sous la pression médiatique et locale, il était obligé de me faire jouer face au PSG.

Je pense que tous les joueurs espèrent gagner une coupe nationale avec son club formateur, c’est un rêve! C’était une énorme épopée!

– A partir de ce moment, tu vas évoluer comme titulaire au sein de ton club de cœur et disputer cent-vingt matchs pour le FC Gueugnon. Quel a été le déclic? Quels sont tes meilleurs souvenirs avec le FCG sur cette période?

Hormis la Coupe de la Ligue, mon meilleur souvenir reste la victoire cinq à zéro à Lorient lors de la dernière journée de la saison 2003/2004. Cette victoire nous permet de nous maintenir en Ligue 2 et je quitte le club avec le sentiment du devoir accompli avec ce maintien.

J’ai énormément d’autres souvenirs. J’ai eu la chance d’affronter Auxerre lorsque le club était à son apogée avec Djibril Cissé, Philippe Mexés et Bonaventure Kalou. J’ai joué des matchs exceptionnels. Par exemple, en seizième de finale de la Coupe de France, j’ai gagné au Stade Vélodrome quatre à trois alors que nous étions en Division 2.

A cette époque, il y a bien évidemment ma sélection en Equipe de France -20 ans avec des joueurs comme Mickaël Landreau, Willy Sagnol, David Trezeguet, Nicolas Anelka et Thierry Henry. Il y a malgré tout aussi, la Coupe du Monde Militaire en Iran, avec le Bataillon de Joinville.

« Gueugnon est mon club d’attache, mon sang est jaune et bleu et Créteil est mon club de cœur »

– Après plus de vingt ans passés chez les Forgerons, tu décides de quitter le club et de tenter ta chance à l’US Créteil qui évolue en Ligue 2. Pourquoi avoir quitté Gueugnon? Qu’est-ce qui t’a séduit dans le projet cristolien? As-tu reçu des offres d’autres clubs?

J’avais la malchance d’avoir le fils du directeur sportif de Gueugnon comme agent et j’ai appris par la suite que de nombreux clubs de Première Division s’étaient intéressés à moi après notre parcours en Coupe de la Ligue. Or, il m’en avait jamais parlé.  J’ai eu l’inconscience de lui faire confiance et c’est le regret de ma carrière, même si je suis amplement satisfait de ce que j’ai accompli.

Après le maintien en Division 2, j’avais l’impression que je ne progressais plus à Gueugnon . J’ai donc décidé de quitter le club et de me mettre en danger. J’avais des contacts avec Niort, Laval et des équipes qui avaient le même profil que Gueugnon, c’est-à-dire un club familial dans des petites villes. Comme je ne voulais pas retomber dans la facilité, j’ai refusé ces clubs.

Patrick Blondeau m’a appelé pour me parler du projet cristolien. Je m’étais toujours dit que je n’irais pas en région parisienne et j’ai quand même signé là-bas. Le discours de Patrick m’a séduit et au final j’y ai retrouvé la même ambiance que j’avais connu chez les Forgerons.

Pour résumer ma carrière, j’ai deux clubs. Gueugnon qui est mon club d’attache, car mon sang est avant tout jaune et bleu et Créteil qui est mon club de cœur.

Richar Trivino Créteil

– Tu vas rester trois saisons à l’USC, où tu ne vas rater que deux matchs de Ligue 2 en trois saisons. Le club se maintiendra facilement les deux premières saisons avant de connaître une année difficile qui se terminera par une relégation en National. Peux-tu nous parler de ces trois années à Créteil? Qu’est-ce qu’il vous a manqué pour vous maintenir lors de ta troisième année au club?

Créteil restera gravé en moi. J’ai vécu des choses extraordinaires et un rapport avec les dirigeants du club exceptionnel. Sportivement, nous terminons même à la huitième place de Ligue 2 lors de ma seconde année au club.

Malheureusement, lors de ma troisième année, il nous a manqué un entraîneur! C’était Arthur Jorge à la tête de l’équipe et même si les principaux fautifs dans ce genre de période, ce sont les joueurs, il est difficile d’être performant lorsqu’on n’est pas soutenu par son coach.

Je ne souhaite à personne de vivre ce genre de saison, ce fût très difficile pour moi et j’ai toujours cette saison en travers de la gorge.

– Suite à cette relégation, tu vas rejoindre le FC Metz et pour la première fois de ta carrière, tu vas évoluer dans un club qui joue en Ligue 1. Comment s’est passé le transfert? Quels étaient tes objectifs en signant au FC Metz?

Francis De Taddeo m’appelle pour m’expliquer le projet et il m’annonce que je vais être en concurrence avec Christophe Marichez pour le poste de titulaire.

J’avais envie de découvrir la Ligue 1, mais pas en tant que doublure. J’avais donc la possibilité de montrer mes qualités et de connaître le plus haut-niveau du football français en signant en Moselle.

« Au FC Metz, je me suis fait huer et insulter par mes propres supporters »

– Malheureusement, ça ne se passera pas bien durant ton aventure messine. Tu vas disputer les deux premiers matchs de Ligue 1, puis tu ne joueras plus aucun match jusqu’à la trêve. Tu vas alors te faire prêter à Boulogne pour finir la saison en Ligue 2. Comment expliques-tu cet échec au FC Metz? As-tu des regrets par rapport à cette période? Que retiens-tu de ton expérience à Boulogne?

L’année précédente avec Créteil, j’avais eu des problèmes à Saint-Symphorien avec les supporters messins, mais lorsque je signe au FC Metz, je ne pense pas du tout à cette histoire. Sauf que les supporters messins ne l’avaient pas oublié et m’ont pris en grippe.

Je n’effectue pas la meilleure préparation de ma carrière, car quand tu te fais huer par tes propres supporters durant les matchs amicaux, ce n’est pas forcément l’idéal. Je joue les deux premiers matchs de championnat, mais je ne suis pas très performant. Lors du deuxième match face à Lille, Michel Bastos marque un corner direct et tout le stade est contre moi alors que nous jouons à domicile. Aucun dirigeant ne me soutiendra par la suite et je vais être écarté durant toute la saison.

Au niveau sportif, cette saison me laisse des regrets et c’est surtout la première fois de ma carrière que je vais tomber sur des dirigeants aux choix incompréhensibles.

Par exemple, pour le match face à Lille, nous sommes à l’hôtel et c’est De Taddeo qui fait les chambres pour la mise au vert. Or, il me met dans la chambre avec Christophe Marichez avec qui j’étais en concurrence et à qui l’entraîneur venait d’annoncer qu’il était remplaçant. Autant te dire, qu’on entendait les mouches volaient dans la chambre! (Rires)

Du coup, je me fais prêter à Boulogne au mercato d’hiver pour remplacer Jeff Bédénik qui s’était gravement blessé. C’était une bonne expérience, qui s’est très bien passée. Nous arrivons à nous maintenir malgré notre petit budget et le président voulait me garder, mais je me fracture le pouce et je ne joue pas la fin de saison. J’en garde un excellent souvenir avec des personnes très chaleureuses et une excellente ambiance.

– C’est alors que tu décides de revenir à Créteil pour essayer de faire remonter le club en Ligue 2. Tu vas disputer la quasi-totalité des rencontres de championnat durant trois saisons, mais le club de la banlieue parisienne n’accédera pas à l’échelon supérieur. Que peux-tu nous dire sur ce retour à Créteil?

Après mon expérience ratée à Metz, je suis revenu dans un club que je connaissais très bien et que j’avais quitté sur une relégation. C’est d’ailleurs un peu pour cela que je suis revenu dans le club francilien, dans le but de le faire remonter en Ligue 2. Je me sentais redevable même si je n’ai pas réussi mon coup avec Créteil.

J’ai passé trois belles saisons et malgré l’échec de la non-accession en Ligue 2, nous avons fait parti des meilleures défenses du championnat National et ce fût une reconnaissance envers mon travail.

– A trente-quatre ans, tu décides de quitter le monde professionnel en rejoignant le club de Digoin près de Gueugnon. Après une saison, tu signes dans ton club de toujours : le FC Gueugnon. Etait-ce une obligation pour toi de finir ta carrière dans le club de tes débuts? Peux-tu nous raconter cette période au niveau amateur?

Je m’étais toujours dit que c’est moi qui m’arrêterait et que personne d’autre ne le ferait. Je sortais d’une grosse saison avec Créteil, où j’étais capitaine et je suis donc allé voir le président de Créteil en lui disant que je raccrochais. J’ai privilégié ma famille au football.

J’ai rencontré Philippe Correia qui était à Digoin, car j’avais envie de connaître le football amateur et j’ai donc fait quelques matchs là-bas.

Par la suite, voyant la situation difficile du FCG, nous nous sommes réunis avec Philippe Correia et Eric Boniface qui était déjà en place là-bas. Nous sommes arrivés à la conclusion que Gueugnon ne pouvait pas rester en Division d’Honneur et que nous allons tous faire pour faire remonter le club. Le président a accepté notre projet et nous sommes revenus à notre premier amour.

Pour rendre service, j’ai joué gardien et nous sommes montés en CFA 2 (Nationale 3) dès la première année. La boucle était bouclée.

– Tu as arrêté ta carrière à la fin de la saison 2015/2016 et depuis tu es le directeur sportif du FC Gueugnon qui évolue en Nationale 3. Quelles sont tes activités depuis que tu as raccroché les gants? Comment se passe cette reconversion chez les Forgerons?

Je ne pourrais jamais être entraîneur, car au vu de mon tempérament, je pense que je serais trop souvent expulsé par l’arbitre! (Rires). Je m’occupe du recrutement en relation avec l’entraîneur et les dirigeants du club.

Depuis plusieurs saisons, nous n’arrivons pas à accéder à l’échelon supérieur donc cette année, nous avons changé notre politique au niveau des recrues. Avant, nous prenions essentiellement des joueurs du crus, alors que depuis cette année, nous essayons d’aller chercher des joueurs un peu plus loin pour parvenir à cet objectif.

Depuis 2018, nous sommes enfin au complet avec le retour de nos blessés et nous enchaînons les bons résultats. Les dirigeants veulent faire grandir le club et cette expérience se passe extrêmement bien.

En parallèle à mon activité au sein du FCG, je suis gérant de deux salles de sport « L’Orange Bleue ». J’ai des semaines très chargées, mais je fais ce qui me plaît et je suis heureux de ma reconversion.

SUR LES JOUEURS QU’IL A CÔTOYÉS :

– Quels sont tes meilleurs amis issus du monde du football?

Durant ma carrière, je n’ai jamais su si les relations étaient sincères ou si c’était par intérêt. De plus, je suis quelqu’un d’assez solitaire.

Il y a Philippe Correia, bien sur, qui est avec moi dans cette nouvelle aventure, Eric Boniface aussi que je vois régulièrement.

Je reste en contact aussi avec Frédéric Bong qui évolue au Paris FC et Monica son épouse. Dès que je peux, je regarde tous ses matches.

J’ai également quelques contacts avec Boris Mahon qui évolue à l’US Créteil via Facebook.

« Guy David était un entraîneur extraordinaire, il m’a beaucoup marqué »

 – Peux-tu nous raconter la plus grosse « gueulante » de vestiaires à laquelle tu as assisté?

Il y en a eu beaucoup et j’avoue que j’en ai poussé pas mal! (Rires).

Avec Créteil, je me souviens que Guy David, qui est un des entraîneurs qui m’a le plus marqué, nous a fait un discours après une défaite à la dernière minute contre Dijon. Au lieu de nous pourrir, il nous a parlé comme si nous étions ses enfants et nous nous sauvons cette saison-là grâce à ce grand monsieur.

– Quel est le joueur le plus drôle avec qui tu as joué

Christophe Aubanel était déjanté! (Rires). Didier Neumann ou Papys M’Bodji, que j’ai côtoyé à Créteil, étaient assez drôles et étaient de gros chambreurs, mais je pourrais en citer beaucoup d’autres!

– Quel est l’attaquant qui t’a posé le plus de problèmes?

David Trezeguet avec qui j’ai joué en Equipe de France Moins de 20 ans. C’était déjà un phénomène devant les cages. Après, Grégory Thil de Boulogne, c’était quelque chose aussi!

Ma bête noire en Ligue 2 a été Stéphane Crucet. Il a dû mettre ses trois plus beaux buts de sa carrière contre moi! (Rires)

– Quel est le joueur que tu as perdu de vue et que tu aimerais revoir aujourd’hui?

Il y en a beaucoup, mais j’aimerais bien refaire un dîner avec Amara Traoré et Jean Acedo. Ce sont des personnes qui m’ont tiré vers le haut durant mon époque gueugnonnaise et qui ont été adorables avec moi.

Ce sont ces hommes, ayant de grandes valeurs, qui te font grandir. En quelques sortes, ce sont mes mentors dans le foot. Un bout de ma carrière leur appartient.

Traoré Trivino

– Avec quel ancien coéquipier irais-tu sur une île déserte? Pourquoi?

Amara Traoré. J’étais en chambre avec lui et nous avons passé des moments extraordinaires ensemble.

Avant chaque match, il avait une potion qu’il se mettait sur les mains et il m’en versait sur les miennes! J’étais jeune et je ne disais rien, mais je me demandais toujours ce qu’il y avait dans cette bouteille! (Rires).

– Un dernier mot pour les lecteurs du Blog de Jayjay?

C’est un super Blog. Pourtant, je n’aime pas vivre avec le passé et c’est très rare que j’en parle d’ailleurs, mais cela permet de revivre des trucs et indirectement cela fait du bien d’en parler. Continues comme ça!

JayjayLe Kestu2viens avec Richard Trivino

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